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Souvent, le président Sarkozy m’inquiète

Si les élections présidentielles ne se jouaient que sur les talents de funambule et de contorsionniste des candidats, Nicolas Sarkozy aurait sans doute toutes les chances de l’emporter.

Le jeudi 13 avril, le ministre de l’Intérieur, Premier ministre bis, avait rendez-vous, dans le département du Pas-de-Calais, avec d’anciens ouvriers de Métaleurop. Il leur a expliqué que « l’épreuve (du CPE) était une chance pour moderniser le dialogue social » (sic). Et il a ajouté que « la réforme des retraites de 2003 a montré que cela était possible ».

La modernisation du dialogue social est en effet une nécessité. Toute la question est de savoir si elle est possible avec les syndicats français tels qu’ils sont. Rappelons, pour mémoire, que dans des pays comme la Grande-Bretagne ou les États-Unis, cette modernisation a eu pour préalable un affrontement rude avec les leaders syndicaux : Ronald Reagan procéda au licenciement collectif des aiguilleurs du ciel, dont la grève était illégale et Margaret Thatcher ne plia pas devant la grève illimitée des mineurs britanniques. Tout indique que la modernisation du dialogue social passera également en France par un inévitable bras de fer. Sans doute, l’affaire du CPE, bizarrement engagée en fin de mandat présidentiel, ne constituait pas le bon terrain. Elle n’en est pas moins une malencontreuse reculade.

Sauf erreur, c’est la quatrième fois que Nicolas Sarkozy cite la réforme des retraites de 2003 comme un modèle. Certes, sur ce dossier, le gouvernement a su s’attirer les bonnes grâces de plusieurs organisations en tête desquelles la CFDT. Et, après quelques manifestations de rue, les modifications aux régimes publics des retraites des salariés français furent avalisées et purent entrer en vigueur.

Mais fut-ce pour autant une bonne réforme ? Qu’on nous permette, contre l’immense majorité des commentateurs, d’affirmer le contraire ! En effet, cette réforme a abouti non pas à rapprocher les régimes de retraite mais au contraire à creuser le fossé qui sépare dans ce pays les privilégiés de la fonction publique des salariés du privé.

Rappelons brièvement les faits. En 1993, le Premier ministre Édouard Balladur porte de 150 à 160 trimestres la durée nécessaire pour toucher une retraite à taux plein ; pour les seuls salariés du privé. Pour les fonctionnaires, ce sera en 2003 avec la réforme mise en œuvre par François Fillon. Pour leur faire accepter cette petite couleuvre, le gouvernement multiplia les bonnes manières : calcul de la pension sur les six derniers mois et non pas sur les 25 meilleures années comme pour les salariés du privé, moindres cotisations, réversion sans condition de ressource… Quant aux salariés des entreprises publiques, super privilégiés, la durée de leurs cotisations n’était même pas rallongée.

À noter : pour assainir les comptes des entreprises publiques, les régimes spéciaux de celles-ci ont été « adossés » au régime général, géré par la Caisse nationale d’assurance vieillesse, CNAV, et par les caisses complémentaires, moyennant le versement immédiat d’une soulte, assurant soi-disant une neutralité financière. Mais on a des raisons d’être sceptique sur celle-ci quand on sait que les conventions d’adossement en question sont tenues rigoureusement secrètes. Selon nos informations, elles n’ont même pas été communiquées aux parlementaires des Commissions compétentes…
La belle affaire qu’une réforme soit accomplie, si elle va dans le sens, non pas de plus de justice, mais au contraire, dans celui de plus d’inégalités !

À un autre moment, le ministre de l’Intérieur a dit qu’il souhaitait qu’une consultation soit organisée avant toute occupation d’une usine ou d’une université. Mais il devrait savoir que de telles occupations sont parfaitement illégales, même si elles sont approuvées par une majorité d’ouvriers ou d’étudiants, qui n’ont certainement pas le droit de faire obstacle à la liberté d’autrui.
Souvent, ce que se laisse aller à dire le président Sarkozy m’inquiète…

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