Articles

Le Journal d'Alain Dumait » France » Les journaux sont à gauche, l’opinion est à droite

Les journaux sont à gauche, l’opinion est à droite

Permettez-moi en premier lieu de saluer la nouvelle formule de « Valeurs Actuelles » qui, pour fêter ses quarante premières années d’existence, s’offre une nouvelle maquette que je trouve très réussie et qui, je l’espère, lui permettra d’atteindre rapidement la diffusion de 100 000 exemplaires, vendus sur abonnement ou en kiosque, que ce journal de droite mérite largement. Il est vrai que c’est dans cette rédaction que je fis mes premières armes, recruté en 1970 par Raymond Bourgine, pour être formé au journalisme économique par Philippe Durupt.

Pour la circonstance, « Valeurs » s’est offert un sacré sondage Ifop. Qui permet tout simplement de vérifier les fortes attentes des électeurs de droite, toutes préférences partisanes confondues. Et qui, en creux, permet aussi de deviner les frustrations de ses électeurs après douze ans de pouvoir de Jacques Chirac. C’est ainsi que 93 % des personnes interrogées veulent l’instauration d’un service minimum dans les transports publics, ce à quoi le Président de la République s’est toujours personnellement opposé…

On pourrait croire que les nouvelles générations se situent plus clairement « à gauche » et donc se retrouvent mieux dans des médias qui, à 90 %, sont dirigés par des journalistes de gauche. Et bien, c’est exactement le contraire ! C’est ce que montre un récent sondage sur les opinions des 18-35 ans, commandé également à l’Ifop mais cette fois-ci par le « Journal du Dimanche » et Europe 2. On y découvre, par exemple, que l’écologie n’est pas du tout leur préoccupation première : elle vient après la sécurité, qui trône au deuxième rang. 

L’immigration n’émerge qu’au quatrième rang, avant l’Europe. Ce côté que d’aucuns trouveront « réac » est confirmé par le fait qu’une majorité des 18-35 ans – 68 % – approuve l’idée, formulée par Ségolène Royal, d’assurer l’encadrement des jeunes délinquants dans des centres gérés par l’armée. Et les sans-papiers, si chers à la bien-pensance, qu’en pensent-ils, les 18-35 ans ? Eh bien, seulement 12 % d’entre eux sont favorables à leur régularisation automatique. Quant au mouvement anti-OGM, ils ne sont que 2 % à le soutenir.
Le journal « Marianne » (N° 501, du 25 novembre au 1er décembre, page 6), a d’ailleurs eu l’honnêteté de titrer un article traitant de ce sondage : « Les jeunes tels qu’ils sont vraiment ». L’auteur, Serge Maury, a écrit sans ambages : « On comprend mieux pourquoi « Libé » a des difficultés. »

Charles Maurras dénonçait, en son temps, l’indifférence du « pays légal » – celui des institutions – aux préoccupations du « pays réel », constitué par la majorité de la population. Ce fossé est encore plus grand aujourd’hui.

C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier l’actuelle crise de la presse écrite. Car ce n’est pas seulement « Libération », mais la presque totalité de la presse quotidienne nationale qui souffre. Cette crise est due, en partie, à la concurrence des gratuits et de l’Internet. Mais surtout, à l’inanité des contenus, dupliquant les mêmes clichés, ressassant les mêmes analyses convenues, imposant la même police de la pensée. Ce conformisme finit par lasser les lecteurs.

Laurent Joffrin, dans le « Nouvel Observateur » (c’était avant son départ pour « Libé ») a suggéré la tenue d’états généraux de la presse. Cela s’accompagnerait du lancement, sous l’égide d’une commission indépendante composée de hautes personnalités morales, d’une grande souscription nationale, visant à réunir plusieurs dizaines de millions d’euros qui serviraient à l’indépendance et à la relance de la presse quotidienne en difficulté, en fonction de son apport au pluralisme… La référence au pluralisme n’est qu’un prétexte. L’objectif n’est que de préparer le terrain à l’augmentation des subventions publiques. 

Quand on a lu un journal français, on les a tous lus. Ils reproduisent les mêmes dépêches d’agences (celles de l’AFP, notamment), assaisonnées des mêmes commentaires politiquement corrects, rédigés par des journalistes le plus souvent totalement dépourvus de la culture générale qui permet de mettre les évènements en perspective. Recapitaliser une presse percluse d’académisme ne la sauverait pas, ça ne ferait que prolonger son agonie. Recouvrer la santé, c’est fournir aux lecteurs les informations et analyses dont ils ont besoin. Ce ne sont pas celles qui comblent d’aise la nomenklatura. Mais ce sont exactement celles que « Les 4 Vérités » s’efforcent de vous apporter chaque semaine.

Partagez cet article sur vos réseaux sociaux

Classé dans : France

Laissez une réponse