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Ségolène Royal : une grave erreur de positionnement

A soixante jours du premier tour de l’élection présidentielle, rien n’est joué. La campagne peut nous réserver de nombreux rebondissements. Et on n’a jamais vu que le résultat sorti des urnes soit, même de loin, ressemblant aux sondages publiés deux mois auparavant.

Jean-Marie Le Pen n’est toujours pas assuré d’avoir les fatidiques 500 signatures de parrainage. C’est un scandale qui insulte les principes démocratiques les plus élémentaires, et, qui plus est, parfaitement contraire à l’opinion du fondateur de la ve République, le Général de Gaulle (comme le rappelle opportunément Pierre Lance page 6). S’il advenait que le leader du Front national ne puisse se présenter, comme ce fut d’ailleurs le cas en 1981, la face du scrutin en serait évidemment changée.

Pour le reste, on ne peut faire que des hypothèses et des prévisions. Quelles seraient par exemple les conséquences d’une attaque américaine contre l’Iran déclenchée avant le premier tour de l’élection présidentielle en France ? Chirac en profiterait-il pour se représenter ? Personnellement, je ne le pense pas car il me semble inimaginable que la machine électorale UMP puisse encore, à cette date, changer de champion.

Les péripéties de cette campagne ne sont pas susceptibles de faire bouger les lignes. Quand la course est engagée – et elle l’est – deux considérations l’emportent sur toutes les autres : la solidité personnelle du candidat et son positionnement.

Sur le premier point, l’électeur parfait chaque jour son opinion. Aujourd’hui, c’est un fait, Nicolas Sarkozy est un candidat plus crédible que Ségolène Royal. Ce qui était strictement impossible à deviner deux mois plus tôt…

Le positionnement du candidat, avec son programme ou ses propositions, est un élément fondamental. On a d’abord vu la présidente de la région Poitou-Charentes très hésitante à employer le terme même de socialisme. C’était l’époque, il y a encore six mois, où elle allait à Londres prendre des leçons de blairisme. Mais il lui fallait, avant de se présenter devant le peuple, l’emporter sur ses concurrents du parti, et en particulier, sur Laurent Fabius. À ce moment-là, elle a été comme récupérée par le parti socialiste. Puis elle s’est laissée convaincre qu’il lui fallait aussi séduire les camarades, les troupes vieillies mais incontournables des syndicats de la fonction publique et du corps enseignant plus particulièrement. Finie la nouvelle gauche. Retour à la case du socialisme ringard, ce modèle collectiviste qui a échoué partout.

On peut aussi situer les candidats sur l’axe classique droite-gauche. En déplaçant le curseur de son positionnement sur la gauche, afin de plaire à ses amis, aux hiérarques du parti, aux médias… Ségolène Royal a pris le risque, sans doute fatal, de laisser le champ libre du centre gauche à François Bayrou et même à Nicolas Sarkozy. Car l’immense majorité des électeurs socialistes sont sans doute des gens raisonnables, plus nombreux à pencher au centre gauche qu’à l’extrême gauche.

En effet, comme nous le disons souvent dans ces colonnes, le corps électoral français est très majoritairement à droite. Tout simplement parce qu’il ne croit plus aux billevesées collectivistes ou même simplement étatistes. Même des intellectuels qui furent en leur temps de bons compagnons de route de telle ou telle variante du marxisme-léninisme virent leur cuti et l’affichent. André Glucksmann, ex-maoïste, vote Sarkozy. Idem pour Pascal Bruckner, ex-guévariste. Autant pour Max Gallo, ancien porte-parole du gouvernement de Pierre Mauroy. Même l’ancien critique littéraire de l’hebdomadaire culturel branché « Les inrockuptibles », Marc Weitzmann, acclame le discours du Président de l’UMP. Comme les hommes politiques, les intellectuels doivent savoir s’adapter à leur marché. Et l’avenir n’est plus à gauche…

Sur l’axe droite-gauche, Nicolas Sarkozy laisse, sur sa droite, une place d’autant plus importante à Jean-Marie Le Pen que ce dernier capitalise également la quasi-totalité des intentions de vote qui résultent du discrédit général qui affecte l’ensemble de la classe politique française, et qui fut encore vérifié à l’occasion du référendum qui s’est soldé par le rejet de la Constitution européenne à laquelle étaient favorables aussi bien Nicolas Sarkozy que Ségolène Royal et François Bayrou. C’est pourquoi, ce dernier, s’il a jusqu’à maintenant, profité de l’espace politique laissé vacant par la candidate socialiste, peut difficilement entrer en compétition avec le leader du Front national pour capter les voix des électeurs mécont

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