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Le Journal d'Alain Dumait » France » la Suisse offre un modèle au Front National

la Suisse offre un modèle au Front National

Chacun peut avoir son opinion sur les régimes spéciaux de retraites. La mienne est la suivante : « pas un sou d’argent public pour quelque régime que ce soit ! ». À partir de là, les inégalités m’indiffèrent. Et tant mieux si certains peuvent se constituer une meilleure pension, en cotisant davantage ou en obtenant des largesses de leur employeur. 

Que celui-ci soit public ou privé. Il ne devrait pas y avoir de problème de principe pour appliquer une telle règle pour ceux qui entrent aujourd’hui dans la vie active. 

Pour les autres, ils ont certainement le droit de défendre leurs avantages acquis. Admettons qu’un contrat soit un contrat, même quand il n’est pas vraiment synallagmatique… Mais on peut toujours, en effet, discuter, puis délibérer, pour le modifier. C’est exactement ce qui s’est fait dans le passé, pour le régime général des salariés, puis pour celui des fonctionnaires. Et c’est ce qui s’est fait aussi, depuis quinze ans, dans presque tous les pays développés du monde.

Donc, les privilégiés de la SNCF et de la RATP ont, selon moi, raison de défendre leurs avantages éhontés. Simplement le gouvernement, qui est leur employeur de fait, devrait veiller à ce que leurs protestations s’inscrivent dans les limites de la loi, et dans celles des principes qui régissent les libertés publiques. Et si cette loi et ces principes ne sont pas assez clairs pour empêcher la prise en otage de 20 millions d’usagers des transports publics par quelques dizaines de milliers de salariés protégés, il fallait changer ça, sans attendre la fin de l’état de grâce présidentiel !…

Au moment où j’écris ces lignes, j’ai des raisons de penser que la réforme des régimes spéciaux voulue par le président de la République et son Premier ministre entrera bel et bien en vigueur dès l’année prochaine. Mais ce sera très certainement, une fois de plus, une imposture : en échange des quarante années de cotisation imposées à tous, le gouvernement s’apprête en effet à lâcher des avantages faisant mieux financièrement que contrebalancer la concession. Par l’intégration de certaines primes dans le calcul des pensions, par les modalités de calcul de celles-ci, par l’échelonnement de la réforme…

En outre, la journée de grève du 18 octobre, dont les effets n’étaient toujours pas terminés le lundi 21, a démontré que les syndicats, les directions des entreprises publiques, et leur tutelle gouvernementale, se souciaient du service minimum, promesse phare du candidat Sarkozy, comme d’une guigne…

Cinq mois après la proclamation des résultats de l’élection du 6 mai, on peut faire un premier bilan de l’action de cette nouvelle majorité. Les hommes ont changé, un peu. Le discours a changé, sensiblement. Mais la funeste gouvernance de la France est toujours la même. Les querelles orchestrées par les médias sont soit de l’ordre sémantique (« le détail »), soit de l’ordre du symbolique/anecdotique (« les tests ADN »). Les forteresses du statu quo sont toujours en place. Les réformes indispensables telle la réduction des dépenses publiques, ne sont même pas évoquées par la Commission Attali chargée de faire des propositions pour libérer la croissance. La seule « rupture » est de l’ordre de la nauséabonde politique politicienne. Elle n’intéresse que le microcosme.

Bien sûr, les 18 983 138 électeurs de Nicolas Sarkozy du 2e tour n’ont pas lieu de regretter leur choix. Rien ne leur donne à penser que l’alternative Ségolène Royal eût été meilleure. Mais les illusions tombent. En particulier pour ceux et celles qui ont cru que l’appel aux électeurs de droite pouvait être autre chose qu’une posture électorale, simplement destinée à siphonner les voix jusque-là fidèles au Front National.

Ce « coup » de génie, vraie rupture avec la stratégie chère à Jacques Chirac, fut soufflé au candidat, nous l’avons dit (chronique du 28 septembre), par Patrick Buisson, journaliste familier de la droite nationale. Mais il ne fut possible que parce ce que le FN depuis plusieurs années, cherchait désespérément à se dédiaboliser. Ce qui l’amena à faire précisément deux choix catastrophiques : le « ni droite ni gauche », martelé par le parti de Jean-Marie Le Pen depuis 2002 ; et la main publiquement tendue aux populations immigrées, considérées, sans doute à tort, comme des réservoirs d’électeurs.

Les stratégies politiques doivent se juger sur leurs résultats. Au 2e tour des élections législatives le Front National a réuni 4,29 % des suffrages. Autant, mais pas plus que le Parti communiste. Et le 20 octobre 2007, en Suisse, l’Union démocratique du centre (UDC), qui s’est toujours affiché de droite et populiste, a fait 28,8 %, devenant ainsi la première formation politique du pays…

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