Articles

Le Journal d'Alain Dumait » France » Vous allez voir ce qu’est une crise économique !

Vous allez voir ce qu’est une crise économique !

Il faut remonter au 2e semestre 1990 pour retrouver une baisse semestrielle aussi brutale du CAC 40, indice phare de la Bourse de Paris (- 22 % sur les six premiers mois de 2008). Les taux des crédits interbancaires à court terme n’ont cessé d’augmenter depuis un an. Les taux des obligations à long terme leur emboîtent le pas. La crainte d’une augmentation de l’inflation tétanise les banques centrales. Et le marché de l’immobilier, en France – avec retard sur les autres pays développés –, commence à afficher des prix en baisse, et des transactions en berne…

Voilà pour le volet financier. Il sera toujours temps, plus tard, de s’interroger sur le point de savoir si tout a commencé aux États-Unis, avec l’accident des « subprimes mortgages », ou bien, plus probablement, si la crise de confiance, qui a frappé l’ensemble du secteur bancaire, aurait eu lieu de toute façon, sous l’effet d’encours de crédits trop importants, de moins en moins solvables, s’étant accrus trop rapidement et trop fortement, sans surtout qu’ils soient vraiment gagés sur des augmentations de valeurs réelles sous-jacentes. Depuis dix ans, les banquiers suisses (privés) annoncent la catastrophe et conseillent la prudence. L’année 2008 leur donne raison…

Comme toujours, la crise financière s’étend à l’économie tout entière. Car la sphère financière n’est qu’une partie d’un tout, comme la monnaie n’est qu’une marchandise parmi d’autres. Quand le crédit est plus cher et plus rare, quand les actifs se déprécient, tout se rétrécit. Aussi bien le bilan des sociétés que l’horizon des affaires…

C’est à ce moment-là, quand le pessimisme est bien installé, qu’intervient le phénomène majeur de toute économie moderne : les anticipations. Quand chacun s’attend, là où il est, à des perspectives négatives, et qu’il les anticipe dans son comportement, la crise est là, bel et bien là. Nous y sommes !

Que nous soyons simples consommateurs, modestes épargnants, petits entrepreneurs ou modestes salariés, nous sommes tous des agents économiques. Nous avons une idée de ce que sera demain. Et nous en tenons compte dès aujourd’hui. Nous anticipons, sans même nous en rendre compte. Et à peu près personne n’anticipe un futur favorable…

Ni ici, ni ailleurs. Certains se consolent en constatant que la croissance reste forte en Chine et en Inde, comme dans l’ensemble des pays émergents. Certes, pour l’instant, pour eux, on ne peut parler que d’un ralentissement de la croissance. Mais le principal moteur de celle-ci, les exportations, est déjà en forte baisse. Là-bas, les bourses ont perdu 35 % en six mois…

On objectera que les cours des matières premières, pétrole en tête, restent à des sommets. Cela pourrait signifier que le retournement ne fait que commencer. Car on n’a jamais vu qu’une flambée des matières premières ne soit pas annonciatrice de récession.

Dans une chronique récente (4 Vérités n° 644), je disais qu’il y avait deux moyens, et deux seulement, de faire baisser nettement les prix du pétrole : la récession économique ou bien l’annonce d’une relance massive de la construction de nouvelles centrales nucléaires. La baisse du prix du pétrole par la récession me paraît plus probable et très prochaine…

S’agissant des pouvoirs publics, il y a, bizarrement découplés, en Europe, le pouvoir monétaire et le pouvoir budgétaire. Pour ce qui est de la monnaie le mieux serait sans doute de ne plus toucher aux taux d’intérêt administrés, ni à Francfort ni à Washington.

Pour ce qui est du pouvoir budgétaire, encore aux mains des autorités nationales, la majorité qui nous gouverne en France s’est privée de toute possibilité d’action en ne traitant pas immédiatement, avec courage et énergie, le problème de notre déficit chronique. Réduire les dépenses va être encore plus difficile. Les augmenter n’est tout simplement pas possible…

S’agissant des agents privés, entreprises, consommateurs, épargnants, il faut non seulement ouvrir les yeux et les oreilles, pour voir la crise, plutôt que de se mettre la tête dans le sable, car c’est toujours un moment instructif, en particulier pour les plus jeunes d’entre nous.
Il faut aussi se tenir prêt à en profiter. Une crise économique comporte toujours un élément d’assainissement. Demain, des entreprises seront à vendre, des actifs seront sur le marché, des biens immobiliers chercheront preneurs à prix bradés. De belles actions françaises – comme Air Liquide ou L’Oréal, qui valent encore en bourse 18 fois le bénéfice net attendu en 2008 – seront à des prix d’achat.
Les bonnes affaires se font toujours à l’achat. C’est le bon côté de la crise !…

(4500 signes)

Partagez cet article sur vos réseaux sociaux

Classé dans : France · Tags:

Laissez une réponse