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Les véritables origines du krach financier du siècle

On nous serine que la crise que nous connaissons est de la faute à la déréglementation, à l’ultra-libéralisme et au capitalisme débridé… Mais c’est le plus gros des mensonges proféré en ce moment par la classe parlante ! Dans le même temps, chacun reconnaît pourtant que l’élément déclencheur a été cette affaire de crédits « subprime » (traduction française : « sous-excellents », euphémisme qui désormais voudra dire « pourris »…)

 

Ces « subprime », crédits à taux variables et progressifs – d’abord en dessous du prix du marché, les deux premières années, puis ensuite de plus en plus chers, et sur l’ensemble de la période du prêt, d’un taux moyen plus élevé d’environ 2 % que le taux du marché – ont été accordés aux familles à faibles ressources, appartenant pour la plupart aux minorités ethniques, noires ou hispaniques, qui n’avaient aucune chance de pouvoir rembourser, sauf à espérer que les prix de l’immobilier, qui avaient déjà augmenté aux États-Unis de 100 % entre 1996 et 2006, continuent à monter jusqu’au ciel.

 

Quelque trois millions de ces prêts ont été souscrits. Ce qui représente aujourd’hui, avec un prêt moyen à 500 000 $ par famille, un encours de l’ordre de 1 500 milliards de dollars !

 

Les banquiers qui ont accordé ces prêts à des familles insolvables étaient-ils fous ? Bien sûr que non ! Ils sont lâches et cupides, mais pas fous ! Ils ont simplement obéi aux injonctions du gouvernement américain, qui prétendait non seulement favoriser l’accession à la propriété des minorités ethniques, lutter contre les discriminations, mais qui disait aussi garantir le système !…

Ils ont agi en application de lois.

 

Chacun connaît la suite : le marché immobilier s’est retourné à la mi-2007, Fannie Mae et Freddie Mac ne pouvaient plus suivre et honorer leurs garanties hypothécaires. L’État fédéral nationalisa ces bras armés de sa propre politique.

 

Mais, entre-temps, les prêts pourris, censés rapporter 2 % de plus que le taux moyen du marché, ont été titrisés, vendus et revendus dans des fonds, selon des techniques connues sous différents acronymes, sous formes de produits que des centaines de banques se sont littéralement arrachés. L’encours de ces produits dérivés semble quatre à cinq fois plus élevé que celui des subprime…

 

Quand il fut avéré que les prêts étaient pourris, les banques ont réalisé que les produits dérivés l’étaient aussi. Les banques détentrices ont dû – en application de leurs règles comptables – passer des provisions de plus en plus importantes, réduisant ainsi leurs fonds propres et leur capacité à faire face à leurs obligations, ou tout au moins à prêter.

 

La confiance a fait place à la méfiance, la méfiance à la panique, la crise financière à la crise économique. C’est l’écroulement, sous nos yeux, de la planète finance… Et l’élément déclencheur n’est absolument pas la déréglementation, l’ultra-libéralisme ou le capitalisme débridé, mais au contraire, très précisément, l’intervention politique dans la sphère financière, au nom de l’aide aux plus démunis et la lutte contre les discriminations. Le responsable direct de la crise, c’est la politique dite du logement social, et la forme particulièrement perverse qu’elle a prise aux États-Unis. Chapitre sur lequel nous n’avons d’ailleurs certainement pas de leçons à leur donner !…

 

Mais, il faut noter que les produits dérivés issus de ces subprime se trouvent pour une bonne moitié dans les portefeuilles des banques européennes. Et elles, rien ne les obligeait à y souscrire, sauf les fameux 2 % de rendement en prime !…

 

Les subprime, dans le contexte d’une politique de logement social et de discrimination positive, sont l’élément déclencheur. Mais les racines du problème résident dans l’augmentation excessive de la masse monétaire depuis 30 ans, et plus particulièrement depuis 2001 (après le 11 septembre), et donc des contreparties de cette émission que sont les encours de crédits aux particuliers, aux entreprises et aux collectivités publiques. Cette masse monétaire, et ces crédits, aux États-Unis comme en Europe, ont augmenté trois fois plus vite que la richesse des pays considérés. + 50 % dans la zone euro entre 2002 et 2007 ! Ce n’est tout simplement pas sérieux. Et on a prêté à des impécunieux : des familles à faibles revenus, des entreprises petites ou naissantes, des États mal gérés…

 

Bien sûr que la cupidité des dirigeants de certaines banques a joué son rôle, tout comme la financiarisation extravagante des produits financiers. Mais cette crise est au départ et avant tout une crise de l’État-Providence. Évidemment très mal placé aujourd’hui pour jouer les pompiers-pyromanes…

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