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Le Journal d'Alain Dumait » France, Monde » Non au monopole d’émission de la monnaie !

Non au monopole d’émission de la monnaie !

Contre toute évidence, Nicolas Sarkozy, comme tous les autres étatistes, impute la responsabilité de la crise à une insuffisance de la régulation par les États et les organismes internationaux.

 

En toute logique, il propose donc un plus strict encadrement des opérations financières et un renforcement de la coopération internationale. On n’est pas loin de l’idée d’un gouvernement économique mondial. Pourtant, un tel projet serait aussi funeste qu’il l’était à la fin du xviiie siècle, quand Emmanuel Kant rédigeait son projet de « traité de paix perpétuelle » et évoquait les risques despotiques d’un pouvoir universel…

 

Depuis 250 ans, pour l’essentiel, tout l’acquis de la science économique tient en un seul mot « concurrence ». D’ailleurs, à de rares exceptions près, chacun en convient, même les ennemis de la liberté, ceux-ci voulant juste, disent-ils, introduire de la soi-disant sécurité, des pseudo-garanties, des limites et quelques exceptions…

 

C’est dans ce contexte que la concurrence entre agents économiques est devenue, de nos jours, universellement, « libre », mais « encadrée » : l’établissement professionnel est soumis à des diplômes et des qualifications, tandis que, par exception, certains secteurs et certaines activités échappent à ce principe universel de la libre concurrence.

 

Si bien qu’aujourd’hui, si l’on considère l’ensemble des activités économiques, en France comme ailleurs, elles se retrouvent soumises à un couple de forces antagoniques faisant intervenir une part de libre concurrence et une part de contrôle public. Aucune activité ne bénéficie d’une concurrence pure. Mais certaines sont plus libres que d’autres…

 

Les activités liées à la monnaie font partie, depuis longtemps, des plus réglementées. Car longtemps l’émission de la monnaie fut tenue pour un pouvoir régalien légitime. Cela se dit encore. Mais il n’y a strictement aucune raison pour que la monnaie, les activités de banque et les services financiers, comme toutes les autres activités économiques, ne soient pas plus efficaces dans un bain de concurrence que dans celui d’une tutelle étatique.

 

Rien ne s’y oppose, si ce n’est la volonté des hommes de l’État, non pas de servir au mieux leurs concitoyens, mais plutôt de conserver dans leurs mains les rênes d’un pouvoir, qui pourtant les dépasse. Une monnaie mondiale serait une catastrophe. L’euro a surtout servi de prétexte au laxisme des États. Et les banques centrales, Fed ou BCE, ont fait beaucoup pour favoriser la crise. En gérant avec brutalité leurs monopoles d’émission.

 

En vérité, personne ne connaît les bonnes règles de gouvernance d’un monopole d’émission monétaire. Les économistes libéraux les plus accommodants avec le système de notre économie mixte – tel Milton Friedman – plaidaient pour qu’on ait au moins une politique monétaire stable, tant du côté des taux d’intérêt que de la progression de la masse monétaire. Mais les plus radicaux des penseurs libéraux – tel Hayek – adhéraient au principe de la libre concurrence entre les monnaies.

 

Ce débat n’est pas académique. La politique de la Fed, suivie par presque toutes les autres banques centrales, est directement à l’origine de la crise économique actuelle. Elle a été laxiste sur le long terme, encore plus laxiste après le 11 septembre 2001 et subitement restrictive début 2007. D’où le retournement du marché de l’immobilier, l’éclatement de la bulle et la catastrophe des subprimes. Pour éviter que cela ne se reproduise, faut-il conserver ces monopoles, ces tendances à la concertation mondiale permanente, ou, au contraire, leur tourner le dos ? Il me semble que la réponse est évidente : il convient de laisser jouer beaucoup plus de concurrence au sein de la sphère financière.

 

Il n’y a aucune raison pour que les affaires financières soient systématiquement mondialisées. Un système où l’épargne remplacerait le crédit pourrait être largement décentralisé. Car l’épargne renvoie à la proximité, tandis que le crédit renvoie à la sécurité, qui mène à la centralisation.

 

De toutes les façons – comme le reconnaît lui-même Nicolas Sarkozy –, rien ne sera plus demain comme avant. Il s’imagine qu’un aréopage de technocrates, choisi parmi ceux qui sont les responsables directs de la crise, saura demain gérer la sphère financière de façon plus raisonnable. C’est du mauvais constructivisme. Il vaudrait mieux faire confiance à d’autres acteurs : les banques qui n’ont pas succombé aux dérives des subprimes, les agents économiques dont le développement s’appuyait sur leur épargne. Et des économistes indemnes du virus de la pensée unique !

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