Articles

Le Journal d'Alain Dumait » France » Réformer les banques plutôt que les sauver !

Réformer les banques plutôt que les sauver !

 

madoff

L’histoire nous enseigne qu’en période de crise économique les pouvoirs publics prennent presque toujours des décisions qui sont exactement à l’inverse de ce qu’il faudrait faire.

Ce qui aboutit (peut-être) à atténuer les effets immédiats, mais (certainement) a en prolonger beaucoup les effets dans le temps… (C’est ce qu’on a d’ailleurs constaté lors de la crise dite de 1929. En France, il a fallu attendre 1956 pour que la production intérieure brute rattrape son niveau de 1938 !).

Prenons l’exemple de l’industrie automobile.

Elle aborde la crise en situation de surproduction généralisée. Des regroupements sont nécessaires. Comme toujours, ce sont les producteurs les plus compétitifs et les plus innovants qui resteront sur le marché mondial, tandis que les autres seront éliminés.

Dans ce contexte, à quoi sert l’argent public distribué (en fait, c’est celui des contribuables) ? A retarder les décisions nécessaires, à reculer les compressions d’emplois, à ajourner les fermetures d’usines. Qui néanmoins auront lieu. Mais plus tard, quand les concurrents se seront déjà réorganisés…

Ce n’est pas en demandant et en obtenant l’engagement des constructeurs de ne plus délocaliser leurs productions que le gouvernement en fera des champions mondiaux. C’est même exactement l’inverse qui se produira !

J’entends dire : « les constructeurs auraient du faire ci ou ça, d’autres moteurs, d’autres gammes… » mais la seule chose de certaine c’est que le nouveau modèle qui sauvera non pas le secteur dans son ensemble, mais telle ou telle entreprise, ne sortira certainement pas du cerveau d’un fonctionnaire du ministère des finances, ou de l’industrie, mais plutôt de celui d’un ingénieur, d’un bureau d’études privé, qui n’ont aucunement besoin de subventions publiques.

Et si le dépôt de bilan menaçait, les procédures collectives prévoient celle du redressement judiciaire, qui protège les entreprises, et les places sous le contrôle d’un tribunal. C’est alors à celui-ci d’examiner la viabilité de la poursuite de l’activité concernée. On ne voit pas pourquoi cette procédure ne s’appliquerait pas aux entreprises automobiles, si elles en sont là. Et on voit bien que leur permettre d’y échapper est un très mauvais exemple pour les autres.

 

Demeure la question essentielle, la seule qui divise les libéraux entre eux : fallait-il faire une exception pour les banques ? Fallait-il, le 15 septembre 2008, sauver Lehman Brothers, comme on a sauvé AIG et Merrill Lynch ? ou bien la laisser déposer le bilan, comme on a laissé d’autres banques le faire avant et depuis lors (dernière en date, le 13 février 2009 : Pinnacle Bank, Oregon, dont une partie des actifs a été reprise par Washington Trust Bank of Spokane) ?

On voit bien la panique qui a suivi la lâchage de Lehman Brothers et on imagine ce qu’aurait été le lâchage généralisé du système bancaire mondial.

Observons en préalable que la garantie des dépôts est tout à fait découplée du sauvetage des banques. La trentaine de banques qui se sont placées aux Etats-Unis sous le régime du « Chapitre 11 » n’ont fait perdre aucun dollar à quelque déposant que ce soit, du fait de la garantie de la FDIC, Federal Deposit Insurance Corporation.

Garantir les dépôts est déjà prendre un risque énorme. Garantir leurs capitaux propres, ou, ce qui revient au même, leur reconstitution avec de l’argent public en cas de dépréciation coûte encore plus cher.

On a déjà mis, au niveau mondial, entre 2000 et 2500 milliards de dollars  pour redorer le bilan des banques. Personne ne sachant la valeur exacte de leurs créances, personne ne sait combien il faudra finalement y mettre pour les « sauver ».

Et on voit bien que cela ne suffit pas pour faire repartir l’activité du crédit. Non pas tant – comme vient de le reconnaître Madame Lagarde – par l’effet d’un « credit crunch », situation où les banques refusent de faire crédit, mais au contraire sous l’effet d’une absence de demande de crédit, contre laquelle les pouvoirs publics paraissent encore plus désarmés.

Les banques – à l’exception de quelques rares établissements privés – sont, de fait, quasiment nationalisées. Leurs dettes doivent s’ajouter à celles des Etats qui les ont prises sous leurs ailes. Cette dette publique consolidée est colossale : 2 à 3 fois celle officielle. Au point qu’elle menace de banqueroute tous les Etats au cas où la crise devrait durer disons plus de deux ans…

Je veux bien qu’on tende une main secourable aux banques qui, en effet, ont vécues dans l’idée qu’elle étaient protégées, à la fois par les Etats et par les instituts d’émission, toujours prêts à baisser les taux pour faire durer la bulle monétaire un instant de plus. Mais à la condition que ce soutien –ne mette pas en péril les agents économiques eux-mêmes. A la condition que le bras et le corps tout entier du sauveteur ne soit pas happé par le noyé, avant que celui-ci ne coule…

Car il ne faut sauver quelqu’un de la noyade qu’à la condition d’avoir une chance raisonnable de se sauver soi-même.

Il vaut mieux sauver l’épargne que les banques. Et il vaudrait mieux réformer celles-ci, en rendant leurs dirigeants personnellement responsables, par un système de commandite, par exemple, que de bricoler des plans de sauvetage successifs et dispendieux.
 

Partagez cet article sur vos réseaux sociaux

Classé dans : France

4 réponses pour "Réformer les banques plutôt que les sauver !"

  1. Karrière dit :

    Le bon sens en action.
    Espérons qu’il sera entendu

  2. Doris dit :

    Alain, j’attends avec impatience votre article sur le bénéfice de Total!

  3. severyns dit :

    Monsieur Dumait bonjour ! je crois que vous n’avez pas compris grand chose en ce qui concerne les banques françaises : leur situation financière intrinsèque n’étaient pas en péril mis à part DExia que l’on disait pourtant être un placement sans risque. Tout et venu des USA avec surtout la liquidation de la banque Lehman Brother . Le non sauvetage à été une erreur cataclysmique. du coup tout le système financier international s’est grippé car on pouvait imaginer que d’autres banques subiraient le même sort que LB . La seule solution était de remettre du carburant et de garantir les déposants ce qu’ont fait tous les états autrement c’était la BANQUEROUTE ! que n’aurait on pas dit et vous le premier à juste titre! et cela ne coutera rien au contribuable au contraire cela rapportera des agios à l Etat que ne s’est pas géné pour faire une marge confortable . Avec mes sentiments les meilleurs

  4. Michael Tim dit :

    I love your site!

    _____________________
    Experiencing a slow PC recently? Fix it now!

Laissez une réponse