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Le Journal d'Alain Dumait » Monde » À crise globale, réponse globale, ou pas ?

À crise globale, réponse globale, ou pas ?

 

460 pages, 29€

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C’est un autre sophisme du moment : « comme la crise est globale, la réponse à la crise ne peut être que globale… » Quel homme politique, quel journaliste n’a-il pas au moins une fois prononcé cette formule ?

Mais à y regarder de plus près, a t-elle un sens ?

La première partie de la formule est sans doute à peu près juste. Le commerce des biens et des services est mondial. Y compris et surtout celui des services financiers. Les banques sont multinationales. Les marchés sont interconnectés. Les changes sont libres, au moins pour les monnaies dites « convertibles »…

C’est ainsi que les produits toxiques, issus de la titrisation de prêts hypothécaires américains, se sont retrouvés dans les bilans de toutes sortes de banques et de portefeuilles, partout à travers le monde.

Mais il y a beaucoup d’exceptions… En France, 400 banques sur 430 (les plus modestes…) sont sans doute indemnes de produits toxiques. Même si elles souffrent elles aussi de la dégradation des conditions de marché…

Et les pays ne sont pas tous touchés aussi violemment. Le Canada, voisin des Etats-Unis, est presque épargné par la crise, avec des banques qui ont toujours été plus raisonnables dans la distribution de crédits…

La seconde partie de la formule est parfaitement contestable.

Admettons un instant que la crise soit d’origine « naturelle » ou « divine »… Un peu comme une tempête ou un raz-de-marée… C’est d’abord individuellement qu’on sauve sa peau. Si l’on veut construire une digue, elle ne constituera un abri que pour quelques-uns. Quant à supprimer, pour l’avenir, les tempêtes et les raz-de-marée, cela suppose qu’on se trouve face à une situation non plus « naturelle » ou « divine », mais « humaine ». Si la crise a pour origine telle ou telle erreur de politique publique, tel ou tel élément de construction économique et sociale, il faut et il suffit que ces erreurs ou fautes soient identifiées et les systèmes réformés.

Si les fameux subprime ont été le facteur déclenchant, il est indispensable de les supprimer. Ce qui, à notre connaissance, soit dit en passant, n’a pas été fait, Fanny Mae et Freddie Mac continuant à pérorer comme si de rien n’était…

Si l’inflation des crédits bancaires, et une politique monétaire beaucoup trop laxiste de la part des instituts d’émission, ont constitué le facteur sous-jacent, il faut revoir les fondements du système.

Mais comment ?

Deux méthodes sont possibles. Celle des sophistes (« à crise globale, réponse globale »). Ils se retrouvent au G20, veulent transformer le FMI en un gouvernement mondial financier, sans renoncer aux privilèges qui résultent pour eux du « cours légal » du dollar, de l’Euro ou des autres monnaies, si peu souveraines et de moins en moins populaires.

C’est celle qui est suivie depuis 1914 et l’abolition de l’étalon or.

L’autre méthode n’est pas exactement symétrique de la première, car il n’y a à peu près aucune chance que notre embryon de gouvernement mondial procède, collectivement, au rétablissement de l’étalon or.

La solution, à la fois raisonnable et possible, a été décrite par Friedrich A. Hayek dès 1975, à l’occasion d’une conférence prononcée à Lausanne le 25 septembre, et dont on trouve la traduction française dans un ouvrage paru il y a quelques semaines, aux Editions Les Belles Lettres, collection « bibliothèque classique de la liberté » (dirigée par Alain Laurent) et intitulé « Nouveaux essais de philosophie, de science politique, d’économie et d’histoire des idées » (pages 319 à 337)

Hayek propose de laisser en place les instituts d’émission qui se sont tant développés depuis 1914. Et de revenir seulement sur leur prétention au monopole, aussi bien quant à

l’usage des monnaies que quant aux références monétaires des contrats.

Cette mise en concurrence des banques centrales, et de leurs monnaies, y compris avec l’or, suffirait en effet, sans doute, à calmer les tentations permanentes de manipulations, dont l’histoire monétaire est riche, depuis John Law, jusqu’à Alan Greenspan, en passant par John Maynard Keynes…

Certes, ces manipulations ne sont pas toujours de simples escroqueries. Il est exact que des taux d’intérêt artificiellement bas peuvent favoriser l’emploi et l’activité. Mais cela ne peut être que temporairement, tout en introduisant les germes de la crise financière suivante.

Car, à court terme ou à moyen et long terme, des taux d’intérêt naturels existent. Le problème résulte du fait qu’en situation de monopole des banques centrales, qui fixent les taux courts, le taux d’intérêt naturel reste caché. Un peu comme le prix des choses en système de contrôle des prix. Mais les vrais prix existent toujours. Quand ils sont cachés ils de vengent en générant des déformations aux systèmes, qui obligent ceux-ci à se réformer. ou à mourir.

Nous y sommes. 

La citation du jour : « Ce qui fait de l’État un enfer, c’est que l’homme essaie d’en faire un paradis » (Friedrich Hölderlin).

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