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Retraites : l’erreur du gouvernement.

Jusqu’au début de l’année 2010 il y a eu un débat d’ordre idéologique, ou sémantique, au sein de l’oligarchie gouvernementale à propos de la réforme du financement des retraites : devait-elle être «paramétrique» ou bien «systémique»?

Dans le premier cas on ne toucherait qu’aux «paramètres». Dans le second on toucherait à l’architecture du «système».

Le président de la République a opté pour une réforme «paramétrique». Comme il avait depuis longtemps refusé de jouer sur les niveaux de pensions, il ne restait que les variables concernant la durée des cotisations, y compris les règles sur l’âge légal, soit pour pouvoir partir (passage de 60 à 62 ans), soit pour bénéficier d’une pension à taux plein (passage de 65 à 67 ans).

Une réforme «systémique» aurait consisté à rapprocher les régimes publics et privés, à introduire un affichage par points, ou encore à mettre en plus de la répartition un niveau de capitalisation. Nicolas Sarkozy a jugé toutes ces pistes beaucoup trop dangereuses…

Mais comme les déficits constatés et annoncés se chiffrent par dizaines de milliards d’euros, et que la situation de l’emploi fait que les «mesures d’âge» n’auront pas un effet immédiat suffisant, il a bien fallu envisager d’une part siphonner le «Fonds de réserve des retraites» (environ 30 milliards d’euros nets), et d’autre part de trouver des ressources «additionnelles».

C’est là que la gauche, les syndicats et les médias se sont engouffrés pour dépasser l’idée d’une sauvegarde du système «par répartition», pour passer à un nouveau système «par redistribution».

Dans un système par «répartition» pur, la retraite des salariés est financée par les salariés et pas par les entreprises, contrairement à un système par capitalisation avec fonds de pension.

Dès le début du débat les forces politiques hostiles au gouvernement – en particulier la caste médiatique – ont martelé l’idée  selon laquelle ce n’était pas aux salariés de faire tous les efforts. Et le gouvernement a lui-même été dans ce sens en proposant pas moins de six mesures qui sont de l’ordre de la redistribution et non plus de la répartition, à savoir : une nouvelle contribution de 1% de l’impôt sur les revenus, un autre point sur les revenus du capital, un durcissement de la taxation sur les plus-values, sur les dividendes, les stock-options et les revenus des filiales pour les sociétés mères.

La boite de Pandore était ouverte. Désormais la retraite par répartition est morte, vive la retraite par redistribution !

Le gouvernement, en écartant au départ une réforme «systémique», engage au final la France dans une réforme à la fois «paramétrique» et «systémique», avec à la clé un renforcement de l’Etat-providence, quand il aurait fallu le mieux contenir…

Cette évolution subreptice devrait avoir au moins une conséquence comptable. Comment désormais ne pas considérer comme une dette publique les engagement de l’Etat à l’égard de tous retraités, aussi bien ceux du secteurs publics que du secteur privé ? Car c’est évidemment la dette que nous allons transmettre à nos enfants qui, avec cette promesse inconsidérée du maintien du niveau des pensions quoi qu’il arrive, fait en définitive les frais de cette médiocre réforme.

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2 réponses pour "Retraites : l’erreur du gouvernement."

  1. André dit :

    Le cas du problème des retraites est typique du manque de volonté d’adresser les problèmes en face de la part de tous les gouvernements successifs. Il n’est pourtant pas bien compliqué de comprendre la base du problème.

    Dès la création du système de retraites par répartition en 1945, il était évident que toute variation importante de la démographie allait mettre le système en péril. Ceux qui travaillent financent ceux qui ne travaillent plus. Dès lors que le rapport actif/inactif varie, il faut compenser.

    1) Cette variation s’est produite dans les années 50/60 nous l’avons appelée le « baby boom ».
    2) De plus les progrès de la médecine ont également allongé l’espérance de vie. Soit le nombre d’années passées à la retraite.
    3) Nous y avons ajouté diverses mesures pour diminuer l’age de départ à la retraites (régimes spéciaux sans contrepartie de financement). Passage à 60 ans sous la présidence de F.M. etc…

    Dès 1970, il était évident que le système ne pouvait pas tenir en l’état. Mais… nous pouvions au moins attendre 40 ans. Et ces 40 ans viennent de passer sans qu’il y ait eu la moindre remise en question sérieuse.

    Vous dites donc que la solution pouvait être « paramétrique » ce que j’appellerais « mettre des rustines » ou « systémique » que j’appellerais « changer de roue ». J’espère que les conséquences ne vont pas tout simplement être « jeter le vélo ».

  2. […] Retraites : l'erreur du gouvernement. | Le Journal d'Alain Dumait […]

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