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«Inside Job» : une enquête (incomplète) sur les responsables de la crise financière

«Inside Job», le nouveau film-document de Charles Ferguson (auquel Matt Damon prête sa voix), est en salle, en France, depuis le 17 novembre. Comme son succès est très relatif (16 500 entrées la première semaine), il faut se dépêcher d’aller le voir si on ne veut pas manquer le spectacle.

De quoi s’agit-il ? Deux heures d’extraits d’entretiens sur la crise financière avec des acteurs majeurs de la finance, des hommes politiques (dont Christine Lagarde et DSK) et des journalistes. Et, en rappel, des éléments factuels sur la folie de l’endettement tous azimuts aux Etats-unis et ailleurs, sur la bulle des prix de l’immobilier, sur la financiarisation à outrance, la dérégulation débridée, les salaires mirobolants de Wall Street, et la collusion entre les dirigeants politiques américains et ceux des plus grandes banques de New York.

A proprement parler, ce film ne nous apprend rien.

Il est 100% à charge pour Wall Sreet.

Et ce qu’il suggère comme solution est une réglementation beaucoup plus stricte des opérateurs financiers. Banal et classique.

On observera que si la Federal Reserve est abondamment citée, et critiquée pour n’avoir rien voulu faire quand la bulle immobilière était bel et bien formée (par «dogmatisme», selon le représentant d’une fédération immobilière), rien n’est dit sur son pouvoir exorbitant de fixer les taux d’intérêt à court terme et de créer autant de monnaie qu’elle le veut. Pour les auteurs du film, comme  pour la plupart des commentateurs de la pensée dominante, la monnaie serait en effet un bien qui doit pouvoir être manipulé, tout comme les taux d’intérêt. C’est  le premier point.

Ensuite, le gouvernement américain est critiqué principalement pour avoir recruté un grand nombre de stars de la finance. Le film fait remarquer que le plan de sauvetage des banques de 750 milliards de dollars – exception faite de Lehman Brothers – a été monté par d’anciens responsables de cette pyramide de Ponzi eux-mêmes. C’est parfaitement exact. Mais aucune remarque sur les déficits budgétaires, sur la dette publique… Car une partie importante de la bulle immobilière résultait pourtant de la quasi obligation faite aux banques de financer le logement des familles insolvables.

Le film note que depuis 25 ans les inégalités de revenus se sont creusées aux Etats-Unis. Qu’à l’exception des profiteurs de l’émission de faux dollars, la classe moyenne s’est appauvrie. Et néanmoins, la redistribution des revenus par la dépense publique n’a jamais été aussi importante. L’objectivité aurait voulu qu’on le remarque.

En résumé, je partage le constat établi par «Inside Job». J’approuve la dénonciation à la fois de cette financiarisation inutile et des profiteurs de celle-ci.

Mais la logique et le bon sens voudraient qu’on en tire d’autres conclusions. Sur l’incitation à l’épargne plutôt qu’au crédit, par exemple. Et sur l’observance de règles comme :

  • l’équilibre budgétaire constitutionnel ;
  • des taux d’intérêt vrais ;
  • une monnaie référencée par rapport  à l’or ;
  • des dépôts bancaires sécurisés, par l’interdiction de spéculer sur les dépôts à vue ;
  • l’obligation faite aux banques de publier chaque mois le ratio de leurs fonds propres/crédits en cours
  • l’interdiction de «sauver» quelque entreprise que ce soit, banques comprises…

La thèse «anticapitaliste» du film «Inside Job» est qu’il y a une collusion, aux Etats-Unis, et sans doute ailleurs, entre la classe politique et le monde super-privilégié de la haute finance. C’est vrai.

Mais il faut bien comprendre que ce complexe politico-financier inclut les banques centrales, qui ont proliféré depuis cinquante ans, et qui constituent la pierre angulaire de ce système public de voleurs.

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Une réponse pour "«Inside Job» : une enquête (incomplète) sur les responsables de la crise financière"

  1. On n’a pas entendu beaucoup parler de ce documentaire. Dommage qu’il ait certaines lacunes. Ça n’est pas très « glamour » comme sujet mais j’espère tout de même que la population américaine,, surtout ceux de la classe moyenne, fera l’effort d’aller le voir…

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