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Dans les coulisses de l’audiovisuel public, avec Alain et Patrice Duhamel

Voici, sous la forme d’un dialogue, les fruits de la longue expérience des médias, et de l’audiovisuel public en particulier, des deux frères Duhamel. Le premier, Alain, éditorialise en effets dans les grands médias depuis 1963 (année où il a commencé à écrire dans les colonnes du Monde), tandis que le second, de cinq ans son cadet, a commencé sa carrière en 1970 sur ce qui était à l’époque la Première chaîne de l’ORTF.

L’essentiel du propos concerne les relations très particulières entretenues pendant trois ans, à la tête de France Télévisions, entre Nicolas Sarkozy d’une part, le tandem Patrick de Carolis et Patrice Duhamel d’autre part.

Quand Patrick de Carolis est désigné par le CSA comme pdg de France Télévisions, en 2005, Chirac est encore président et Dominique de Villepin est Premier Ministre. Et même si l’heureux élu l’emporte dès le premier tour, il semble bien que c’est le fruit d’une conjoncture plutôt que d’une envie forte de la part de l’autorité de contrôle, alors présidée par Dominique Baudis. Celui-ci avait  prévenu Patrice Duhamel, qui voulait y aller, qu’il n’aurait pas la majorité. Claude Chirac souhaitait la reconduction de Marc  Tessier. Patrick de Carolis, soutenu par Bernadette Chirac était le troisième homme… Patrice se met à son service.

Avec l’élection de Nicolas Sarkozy, tout change et un véritable calvaire commence pour les deux dirigeants (à noter : les trois hommes se tutoient…). Le président intervient sur tout et très souvent. Il se met en colère, il menace. Il téléphone, il convoque. Il exige que la société publique trouve une émission à produire pour David Halliday. Patrice refuse d’obtempérer. Le président veut être considéré comme le vrai patron de l’audiovisuel public. Les deux autres tiennent à leur indépendance et à leur crédibilité interne.

Le détail de cette période et de cette relation mérite d’être connu, grâce à ce livre.

On remarquera que, pour autant, les frères Duhamel restent des chauds partisans du statut public de France Télévisions. Ils ont fait l’expérience de l’absence d’autorité qui en résulte pour les dirigeants, mais ils sont d’avis qu’on pourrait imaginer une ènième réforme… On touche là du doigt les limites du réformisme, appliqué ici à l’audiovisuel.

On notera aussi qu’ils n’ont rien à redire à la décision élyséenne – j’allais dire jupitérienne – d’interdire la publicité après 20:00 sur les chaînes du service public. Ils n’y ont aucunement participé. Ils n’ont même pas été consultés. Mais ils trouvent ça très bien. Sans avancer le moindre argument. Pourquoi 20:00, et non pas 19:00 ou 21:00 ? Pourquoi pas pas du tout ? Comme le déjeuner n’est jamais gratuit, ils sont favorables à une augmentation de la redevance. Où tout le monde paye pour une TV  que certains regardent. Selon le voeu, sans doute, du lobby des producteurs gauchistes et de l’intelligentsia germanopratine, plusieurs fois évoqués dans l’ouvrage…

Alain Duhamel – dont Patrice croit pouvoir dire qu’il est «le Michel Drucker de l’édito politique» (sic) – apporte sa notoriété au témoignage de son cadet. Mais il  y ajoute aussi quelques confidences sur les relations entre les hommes politiques et les journalistes, et en particulier entre François Mitterrand et lui, qui étaient du dernier intime, à s’inviter mutuellement et souvent à déjeuner ou à dîner, en famille, à Paris comme à la campagne, avec ou sans Ellkabbach.

Quand on referme ce livre très instructif, on a envie de poser la question suivante :

  • messieurs, étiez-vous bien à votre place ? Vous, pour gérer une entreprise employant 11 000 personnes ? Vous, monsieur le président, pour vous occuper de si près des programmes d’une chaîne de TV ? Et vous, monsieur Alain Duhamel, pour nous dire depuis plus de 35 ans ce qu’il nous faut penser de nos hommes politiques ?

Alain et Patrice Duhamel. Entretiens avec Renaud Revel

Plon. 220 pages. 19€

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Une réponse pour "Dans les coulisses de l’audiovisuel public, avec Alain et Patrice Duhamel"

  1. LOmiG dit :

    Bonjour,
    merci pour ce compte-rendu de lecture, qui confirme en partie l’idée que je m’étais fait du livre en entendant les deux frangins à la radio : certainement intéressant, car ils sont proches du pouvoir, et des rouages. Et certainement horripilant, car pour être dans les rouages, il faut bien accepter le manque de séparation qui existe en France entre pouvoir politique et médiatique.
    La vraie question est : pour faire peser ses idées, et si l’on considère qu’il faut une séparation plus nette entre politique et médias, vaut-il mieux être absent de ces cercles, ou y peser (avec tous les risques que cela comporte) ?

    Chacun y répond comme il le veut et le peut.

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