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Sarkozy à coté de la plaque pour le prochain G20

Une bonne analyse d’un fait social doit comporter idéalement trois parties : un constat, une explication ou un diagnostic, et si possible des propositions. C’est ce que le général de Gaulle savait faire quand il s’exprimait sur le système monétaire international.

Nicolas Sarkozy, présentant le lundi 24 janvier 2011 son programme d’actions comme président du G20, nous a livré un constat exact, une explication à coté de la plaque, et, du coup, des propositions toutes hors-sujet.

Le constat établi par notre Président de la République est pertinent.

En effet, les crises qui secouent la planète finance sont de plus en plus rapprochées et d’une ampleur de plus en plus importante. L’instabilité chahute le monde comme a du l’être le Titanic avant de couler…

Crises bancaires, crises des dettes publiques, crises de balance de paiement, volatilité des prix, spéculations, bulles, bonus, rémunérations offensantes des golden boys… Qui ne comprend qu’il s’agit, sans doute, des métastases d’un même cancer ?

Pour soigner – si on le peut – la maladie économique dont le monde actuel souffre à se tordre de douleurs (et il s’agit en l’occurrence de centaines de millions d’hommes…), il faut donc commencer par établir un diagnostic.

Le président du G20 n’en établit aucun. Sauf à considérer comme tel l’inventaire habituel des accusés ordinaires, qui vont des méchants et cupides spéculateurs, en passant par des traders fous et des banquiers mégalomanes…

Quand un médecin généraliste doit établir un diagnostic, il commence d’abord par observer son patient comme une personne formant un tout, avant de se pencher sur telle ou telle partie de son corps.

Si l’on replace les questions financières dans l’ensemble de la sphère économique, il convient d’observer que les facteurs de progrès et de développement économiques n’ont jamais été aussi forts, disponibles et d’ailleurs à l’oeuvre.

L’épargne, malgré les funestes appels incessant à privilégier la consommation, ne s’est jamais si bien portée.

Le progrès technique, loin de faiblir, s’accélère et se diffuse universellement.

Les candidats entrepreneurs n’ont jamais été si nombreux.

Epargne, esprit d’entreprise, progrès technique. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, sans ces satanés problèmes financiers ou monétaires. L’économie du monde irait très bien si les questions monétaires ne se posaient pas, si l’économie réelle n’incluait pas cette dimension, qui échappe aux producteurs, aux consommateurs et aux entreprises (sauf celles qui « font » la monnaie ou le crédit…)

Or la gestion de la monnaie, depuis un siècle, est passée d’un système peu ou prou basé sur l’or, et accessoirement l’argent-métal, à un système de monnaie-papier ayant cours forcé. Le système d’avant était libre, les autorités politiques à la tête des Etats n’intervenaient que pour garantir la valeur des pièces, la convertibilité des billets et la solvabilité des opérateurs sur les marchés de crédit. Le système d’aujourd’hui est 100% dans la main des autorités publiques, politiciens, banquiers centraux ou alliés banquiers privés.

Ils justifient leur pouvoir par deux affirmations parfaitement erronées : l’augmentation ad libidum de quantité de monnaie en circulation serait favorable à la croissance ; les taux d’intérêt bas seraient favorables aux investissements.

Pourtant, la science économique a démontré le contraire. Le niveau de la production est indépendant du volume de la masse monétaire. Celle-ci n’influence que le niveau moyen des prix. Les taux d’intérêt anormalement bas favorisent les mauvais choix d’investissement, au détriment des bons.

Par contre, la monnaie de papier, par opposition à la monnaie adossée à l’or, enrichit ceux qui l’émettent et ceux qui en bénéficient, qui sont les banquiers, toutes catégories confondues.

Les crises financières sont parfaitement corrélées aux augmentations les plus fortes de la masse monétaire. Qui évidemment correspondent  aux périodes de progression de l’Etat-providence, qui se finance à crédit grâce à la fausse monnaie émise par les copains des banques centrales.

La seule réforme monétaire qui vaille consiste à renoncer au système de la monnaie de papier, émise sans limite par des apprentis-sorciers. Et à revenir, d’une façon ou d’une autre, à la discipline d’un système faisant référence à l’or, échappant à la main-mise des politiciens, toujours en mal de financements supplémentaires.

Aussi longtemps qu’on refusera de tourner le dos au laxisme monétaire consécutif à l’adoption de monnaies de papier ayant cours forcé, on s’interdira de trouver une solution à la situation bien décrite par Nicolas Sarkozy. Dans la peau du capitaine du Titanic qui aurait vu arriver les icebergs. Et qui n’aurait pas donner l’ordre d’arrêter les machines…

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2 réponses pour "Sarkozy à coté de la plaque pour le prochain G20"

  1. Ribes dit :

    1.Il me semble qu’il y a trois questions distinctes, mais liées:
    -la création de monnaie
    -l' »étalon » monétaire
    -le laxisme des responsables politiques

    2.Sur la création de monnaie:
    -soit retirer aux banques le pouvoir de créer de la monnaie par le mécanisme du crédit (propositions radicales de Maurice Allais).

    -soit limiter drastiquement ce pouvoir (propositions de J-L. Gréau).

    Avantages;prévenir les « bulles »,réduire drastiquement les spéculations de toutes sortes (monnaies,matières premières,produits dérivés etc..),dégonfler drastiquement la « sphère financière » dont les excès parasitent l’économie réelle,limiter les risques de surendettements publics et privés etc..

    3.Sur l' »étalon monétaire »:

    -créer une unité internationale de réserve,composée d’un « panier « des principales monnaies(dollar,euro,yuan,yen),par rapport à laquelle seraient définies les parités des différentes monnaies(selon des modalités à préciser).

    Buts;mettre un terme à la prédominance du dollar et au laxisme américain(déficits commerciaux et déficits publics abyssaux),mettre un terme à la sous-évaluation du yuan et à l’arbitraire chinois(excédents commerciaux et accumulation de réserves monétaires excessifs),rééquilibrer les déséquilibres structurels des balances de paiements courants,limiter drastiquement l’abondance mondiale de liquidités.

    4.Sur le laxisme des responsables politiques:

    -réaffimer haut et fort que les déficits publics sont irresponsables et malsains

    -inscrire dans les Constitutions l’obligation d’équilibre des comptes publics

    -instaurer des procédures de « démocratie directe ».

  2. Alain Dumait dit :

    1. Pour dégonfler la sphère financière il faut et il suffit de rendre les propriétaires des banques responsables sans limites sur leurs biens propres pour crédits qu’ils délivrent. Et peut-être d’interdire que les dépôts à vue servent à financer quelque crédit que ce soit, quand les déposants-propriétaires ne l’ont pas explicitement autorisé, prenant ainsi leur part de responsabilité. Plus une entreprise a de fonds propres, moins elle a besoin de sa banque, sauf pour des opérations « techniques », comme autrefois l’escompte des effets de commerce.

    2. Je ne crois pas qu’un panier de monnaies papier soit préférable à une seule monnaie papier…
    Il a fallu 10 000 ans, depuis le début de l’ère néolithique (car la monnaie est sans doute apparue avec les premiers échanges) pour qu’émerge progressivement, par approximations successives (le vrai progrès, selon Hayek) une monnaie et une seule, à savoir l’or.
    L’étalon-or donnait toute satisfaction. Le XIX ème siècle est une période de grands progrès économiques, même en phases de déflation. cf < http://blog.turgot.org/index.php?post/Hulsmann-déflation>
    De quel droit les hommes politiques ont-ils organisé, peu à peu, depuis un siècle, un système de monnaie papier ? Sans aucune consultation populaire. San,s avoir aucun ,mandat explicite pour ce faire ? Evidemment pour s’enrichir et payer à crédit leurs dépenses funestes (y compris les guerres)…
    Nous sommes au bout du bout du processus.
    Mais un siècle n’est rien au regard de 10 000 ans d’histoire. C’est comme pour le communisme…
    Cessons d’interdire ou d’empécher l’utilisation de l’or dans la rédaction des contrats. Rendons cette simple liberté au peuple. Et le système actuel s’écroulera comme le communisme a disparu, le jour où la Pologne a entrouvert sa frontière.
    Il n’y a besoin d’aucune réforme d’un système non réformable. Il suffit d’y enfoncer une simple et fine épingle pour le percer et le vider.

    3. La démocatie directe suffira largement. Supposons qu’il soit possible de soumettre à votation populaire un budget en déficit et le pb est réglé, selon moi.

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