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François Giroud : une femme d’exception, mal dans sa peau.

Laure Adler a eu raison de se lancer dans cette biographie de Françoise Giroud, six années après celle consacrée au même sujet par sa consoeur Christine Ockrent. Car, s’intéressant surtout aux zones d’ombre du personnage, elle nous apporte quelques éléments nouveaux, à la fois sur la dame et, par ce biais, sur cette époque, qui courre sur près de 70 ans. En effet, en 1932, elle est script sur le film de Marc Allégret «Fanny», et le 22 décembre 2002, elle envoie son dernier article au «Nouvel Obs’»…

Née juive, à Lausanne (ou à Genève), d’un père «turc d’Irak», elle est agnostique. En 1942, enceinte, elle serait devenue Mme Nahmias, si la famille de son ex-futur ne s’était pas opposé à un mariage avec une jeune femme qui prétendait ne pas être juive…

Elle fera notamment profession de pourfendre l’antisémitisme. Mais ce sont des lettres anonymes violemment antisémites qu’elle adressera à toute la famille de JJSS, après sa rupture avec ce dernier. Son petit-fils Nicolas – aujourd’hui rabbin – faute de pouvoir prouver sa judéité, dut se convertir à la religion de ses lointains ancêtres, faute d’un témoignage de Françoise…

Toute sa vie témoignera de cette disposition au «mentir vrai», qui faisait sans doute sa principale caractéristique. C’est ainsi qu’au plan politique, elle dit avoir toujours voté «à gauche», mais c’est de Vge qu’elle fut la ministre.

Autre sujet un peu compliqué la concernant : cette féministe parfois allumeuse aimait les hommes…

La grande affaire de sa vie fut le journal «L’Express», qu’elle contribua à fonder en 1952 et qu’elle dut quitter en mars 1977, car son ex-amant l’avait vendu, sans lui dire, à Jimmy Goldsmith.

Tous ceux qui s’intéressent à l’histoire contemporaine de la presse française feront leur miel des récits de Laure Adler, qui, sur ce sujet, couvrent la moitié du livre.

A lire ces pages, on songe à l’adage selon lequel, dans un journal, le responsable de la rédaction doit savoir mieux qu’aucun autre ce que le lecteur attend. François Giroud, de ce point de vue, «était» «l’Express», même si celui-ci était le journal de Jean-Jacques.

Cette résonance avec un large partie de l’opinion publique, elle la démontra aussi avec le sucès rencontré par la trentaine de ses ouvrages, essais, romans ou biographies.

Elle fut l’incarnation de la femme moderne, parisienne. Et le modèle des journalistes méchantes.

Alain Dumait

Françoise

Laure Adler

Biographie Grasset

493 pages, 22€

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