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Le père était à la LVF. Sa fille raconte…

Le héros de ce livre s’appelle Yves Jouanin. Il est né en 1903 à Dinan. A 15 ans, le 11 novembre 1918, il rencontre Louis Destouches, qui n’est pas encore Louis-Ferdinand Céline, et qui a neuf ans de plus. Comme lui, il va devenir médecin, comme son père aussi, spécialité ORL. Il fréquente les artistes de Montmartre, des écrivains comme Drieu La Rochelle et des comédiens comme Robert Le Vigan. Sa maîtresse est une danseuse du Tabarin. Sa femme «Mine» deviendra pharmacienne.

L’appel du maréchal Pétain à la création d’une Légion de Volontaires Français contre le Bolchévisme en juillet 1941 le surprend en pleine crise sentimentale. Il suffit que Céline lui dise «si j’avais votre âge, je partirais» pour que notre homme aille s’enrôler à une caserne de Versailles.

A partir de là tout s’enchaine : le front russe, la retraite, la démobilisation, le libération de Paris, la chasse aux «collabos», l’engagement dans la Légion étrangère, nouvelle campagne en Allemagne, postes en Algérie et au Maroc, reprise d’‘une pratique médicale.

Mais un sale cancer du foie aura raison de cette force de la nature. Il est enterré la 1er novembre 1952 au cimetière de Dinan.

Sa fille Isabelle, née en 1935, nous fait le récit d’une vie d’aventures tragiques. Elle s’appuie sur des notes de son pères retrouvées après sa mort. Et elle se souvient des conversations qu’elle a eu avec lui au cours des quatre dernières années de sa vie, y compris les derniers jours.

Ce «récit», exempt de tout pathos, au plus près de la réalité, nous livre un témoignage rare sur une famille dont la vie a été pour longtemps bouleversée par un engagement collaborationniste qui fut définitivement considéré comme une infamie.

Comme un peu plus de 5000 Français se sont engagés réellement dans la LVF, on peut considérer que le drame vécu par Yves Jouanin et par ces proches mérite d’être connu.

Le témoignage d’Isabelle, paru en juillet 2010, dégagé de tout jugement de valeurs, nous a ému.

Les légions dangereuses

Isabelle Marnier

Jean Picollec editeur, 285 pages, 19,90€

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