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Enquête sur la fin d’un piteux septennat.

Raphaëlle Bacqué, journaliste, grand reporter au journal Le Monde, née le 1er février 1964, a bien raison d’indiquer à la première page de son livre, « Le Mitterrand», que, le 10 mai 1981, elle n’avait «même pas l’âge suffisant pour voter». Et d’ajouter : «on évoquait les dissimulations de François Mitterrand (FM), j’imaginais Machiavel ; on se pâmait sur sa séduction, je voyais Casanova. Pour le reste, dans le fracas des clichés, je lui trouvais un air de vieille femme, mais le merveilleux sourire de Jean-Louis Trintignant. En somme, je ne connaissais rien à rien».

En 1991, pour son journal, et le dixième anniversaire de l’élection du Président, elle rencontre quelques compagnons de ce dernier. Dont François de Grossouvre (FdG). Et c’est ainsi que, six ans après le suicide de ce dernier dans son bureau de l’Elysée, elle publie cet ouvrage, non seulement sur cet homme, mais aussi sur celui qui fut à la fois son patron et longtemps son ami très intime.

Car, avant d’être un livre sur sur FdG, c’est surtout et avant tout un livre sur FM.

Le énième dira t-on. Sans doute. Mais selon moi l’un des mieux écrits et l’un de ceux qui vont le plus loin dans l’analyse psychologique.

Ceux qui, comme moi, n’ont guère de sympathie pour FM, seront plus que confortés dans leur jugement. C’était un cynique, attaché à sa seule personne. Selon Pierre Mendès-France(PMF), «un faiseur, sans morale ni conviction». C’est pourtant PMF, qui présentera FdG à FM, à l’occasion d’un déjeuner où le premier a été emmené par Françoise Giroud, car il était l’un des financiers de l’Express.

La bio de FdG, industriel et aventurier, est intéressante. Ses relations avec FM sont exemplaires de l’ambiguïté qui imprégnait tout ce qui émanait de ce dernier. Mais la description du fonctionnement de la Cour de l’Elysée est encore plus remarquable. On pense à la Rome du Bas-Empire…

Raphaëlle Bacqué ne remet pas en cause la thèse du suicide. Elle explique celui-ci par la détresse où se trouvait l’admirateur délaissé.

Pierre d’Alançon, qui fut le collaborateur de FdG à l’Elysée pendant plusieurs années, a tenu à relever de nombreuses erreurs matérielles commises par Raphaëlle Bacqué (http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/critique-etayee-du-livre-de-75735). C’est possible. Je tiens néanmoins son travail comme l’un des meilleurs sur le sujet, et sur cette funeste époque, où un malade narcissique terminait un piteux septennat…

Raphaëlle Bacqué

Le dernier mort de Mitterrand

Grasset/Albin Michel, 240 pages, 18€

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