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Nicolas Sarkozy peut-il être notre Guillaume Tell ?

Le site officiel de l’Elysée vient de mettre en ligne un document intitulé «4 ans d’action, mai 2007-mai 2011» (<http://www.elysee.fr/president/root/bank_objects/4_ans_d_action.pdf>).

«Il s’agit de présenter – selon la présidence de la République – une photographie aussi exacte que possible de l’action du Président de la République et du gouvernement, de présenter des faits et uniquement des faits au jugement des Français».

C’est ce qui mérite d’être examiné et discuté…

On est tout d’abord surpris que cet opus de 75 pages commence par une référence à la crise financière de 2008 («à l’automne, la crise économique  frappait le monde. La France et les Français ont fait face…»)

Cette référence à la crise de 2008 revient à plusieurs reprises.

On entend, comme en sourdine, que la thèse qui sous-tend et qui courre tout au long de ce document est la suivante :

  • dès son élection, Nicolas Sarkozy a commencé à mettre en oeuvre les réformes pour lesquelles il avait pris des engagements à l’occasion de la campagne électorale l’ayant conduit à la tête de l’Etat. La crise financière a porté un rude coup à l’économie. Il a fallu «protéger» les Français. Du coup, l’action du gouvernement n’est pas encore arrivé à son terme. Mais elle est en bonne voie…

On fera respectueusement quelques observations :

  1. Sur l’impact de la crise.

Celui-ci a été très différent d’un pays à l’autre. La France, en terme de croissance du PIB, a fait moins bien en 2010, non seulement que l’Allemagne, mais aussi que la Suisse, les pays de l’Europe du Nord, la Pologne, et même que la moyenne des pays de l’Union Européenne. L’Australie, le Canada, les Etats-unis ont fait deux fois mieux…

L’impact a donc été variable. Et relatif…

  1. Sur les causes de la crise.

Le document de l’Elysée parle d’une «crise financière née aux Etats-Unis». Ce qui n’est pas faux. Mais, pour autant, pouvons-nous considérer que la gouvernance de la France et de l’Europe n’ont aucune responsabilité dans cette crise ?

Certainement pas !

Cette crise est principalement le résultat d’un laxisme monétaire qui a fait, et fait encore, l’objet d’un quasi consensus de la plupart des pays occidentaux. Quelques semaines avant le déclenchement de la crise Nicolas Sarkozy croyait devoir houspiller le président de la BCE parce qu’il n’abaissait pas suffisamment ses taux d’intérêt à court terme…

Cette crise à éclaté sur le terrain des crédits immobiliers dits «sub-prime», du fait de l’insolvabilité d’un grand nombre d’emprunteurs. Est-il trop cruel de rappeler que Nicolas Sarkozy s’était dit lui-même être un grand admirateur d’un système où le crédit était déconnecté des revenus des emprunteurs ?…

Donc, intellectuellement, Nicolas Sarkozy ne peut être que solidaire des responsables apparents, nominaux, de cette crise financière. Un peu comme les acteurs du nucléaire sont bien obligés de se sentir personnellement concernés par les drames de Tchernobyl ou de Fukiyama. Où devraient l’être…

  1. Sur les caractéristiques communes des réformes en question.

Qu’il s’agisse de la réforme des 35 heures, de la fiscalité du patrimoine, de la taxe professionnelles, du financement des retraites, des collectivités locales, de l’Université, de l’organisation de la justice… on est frappé par le caractère timide, en tout cas jamais radical des réformes en question. On dit qu’il faut abroger la funeste loi sur les 35 heures, qu’il faut supprimer l’ISF et abolir la taxe professionnelle, mais en fait… on les garde ! Et du coup, on parle de simplification, sans arrêter de toujours complexifier !…

  1. Sur le calendrier de ces réformes.

Nicolas Sarkozy a repris de ses prédécesseurs (en particulier Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin) l’idée selon laquelle le changement pouvait être mis en oeuvre, hier tout au long d’un septennat ou d’une législature, aujourd’hui tout au long d’un quinquennat. Mais c’est évidemment une idée fausse, une illusion, basée sur une vue angélique de la démocratie représentative telle qu’elle fonctionne. La vérité est que 100 jours après son élection un nouveau président de la République doit partager sa légitimité avec toutes sortes de groupes de pression oligarchiques qui soit empêchent les réformes, soit, au minimum, obligent à en réduire la portée. Un chef de l’Etat, tel un nouveau Gulliver, n’est libre de chaînes que pendant une durée très limitée. C’est la raison pour laquelle le général de Gaulle, en 1958 (puis un certain Jacques Chirac en 1986..) eut recours à la procédure des ordonnances.

  1. Sur la méthode de la réforme.

L’un des mentors du président de la République, Edouard Balladur, en octobre 1992, publiait un essai intitulé «Dictionnaire de la réforme». Au delà de l’intention qui était de démontrer que la réforme était un art, que maîtrisait l’auteur (qui allait devenir Premier ministre, et qui s’y préparait)… le propos revenait à dire qu’il fallait faire des choix, ne pas tout remettre en cause en même temps… Mais ne comportait rien sur la méthode pratique, c’est à dire politique, au regard du fonctionnement concret de nos institutions.

Aujourd’hui seule la démocratie directe, telle qu’elle est prévue par les articles 6 et 14 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, telle qu’elle est pratiquée non seulement en Suisse, mais aussi aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Italie, peut permettre de desserrer en France les freins aux changements et bousculer les forces souvent obscures des oligarchies ploutocratiques. La réforme est sans doute devenue impossible dans le cadre d’une stricte démocratie représentative.

Nicolas Sarkozy peut-il être (en 2012 ?) notre nouveau Guillaume Tell ? (Ce heros suisse mytique qui donna l’indépendance et la démocratie directe à son pays)

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2 réponses pour "Nicolas Sarkozy peut-il être notre Guillaume Tell ?"

  1. Jean-Marie dit :

    Il ne sera jamais que le fossoyeur pressé de notre civilisation. Tout ce que l’on peut lui demander maintenant, c’est de laisser les lieux aussi propres qu’il les a trouvés en arrivant, et de ne pas emporter tapis, tableaux et autres dorures.

  2. @lechevaldetroie on the twitter dit :

    « Nein, Herr, Wilehm Tell, bin ich hoch, um eine Heudshereche » Anwalt Nicolas Sarkozy, für die fünfte Republick Französish.

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