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Aide à la Grèce : un consensus oligarchique, contre le peuple !

A 24 heures d’un nouveau sommet européen important sur l’aide à la Grèce, force est de constater qu’un consensus existe d’ors et déja. Reste à trouver un compromis entre les pays «rigoureux» et les pays plus «laxistes», les premiers souhaitant contraindre les prêteurs à contribuer, d’une façon ou d’une autre, à l’effort commun ; les seconds considérant que ce serait prendre acte d’une forme de défaut de paiement, et donc ouvrir la boite de Pandore. Il est piquant de noter que M. Jean-Claude Trichet est farouchement du coté des seconds. Sans doute sait-il, mieux que personne, que le système monétaire européen, tel qu’il est, ne tient qu’à un fil. Et comme il quitte son poste le 31 octobre prochain, à 68 ans, il a de bonnes raisons de préférer qu’un nouveau plan de sauvetage, même éphémère, soit mis en place…

Il est donc possible que ce sommet à haut risque aboutisse à des décisions qui calmeront les marchés financiers. Au moins pour quelques semaines…

Mais les milliers de technocrates, fonctionnaires et pseudo experts mobilisés pour la circonstance ne pourront pas évacuer la réalité et les fondamentaux qui la caractérise : au delà du cas grec, qui n’est qu’une exemplaire caricature, la question est bel et bien la survie d’un système monétaire international, et finalement d’un système de gouvernance politique.

Plus personne ou presque ne conteste plus aujourd’hui que les dettes publiques ne sont rien d’autres que des impôts reportés sur les générations futures. C’est notamment la raison pour laquelle Contribuables Associés a toujours déterminé le jour de la libération fiscale des Français (le 21 juillet, en 2011, pour les citoyens français) sur la base des dépenses, et pas seulement des impôts.

Ce qu’on ne comprend pas encore toujours bien, c’est le lien qu’il y a entre le fonctionnement du système monétaire international, tel qu’il est, et ce mouvement tyrannique d’expansion de la sphère publique, ou d’exclusion de la sphère privée, au profit d’une oligarchie, contre le peuple, qui caractérise la vie politique, en France et partout ailleurs, depuis au moins un siècle.

Henri Guaino, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, qui ne dit pas que des bêtises, remarquait finement le 9 juillet dernier, à l’occasion d’une déclaration au journal Libération, que «l’histoire nous avait vaccinés contre la fixation bureaucratique des prix et des salaires». Il lui reste à nous vacciner : contre la fixation autoritaire des taux d’intérêt à  court terme, contre la fixation autoritaire du cours des monnaies, pour les monnaies actuellement non-convertibles, et, pour toutes les monnaies, contre les manipulations quantitatives qui aboutissent à mettre au bilan de leurs banques centrales des obligations pourries, et des créances fictives.

Car ces pratiques qui, avec le monopole d’émission, que toutes les banques centrales se sont arrogé, constituent les principales caractéristiques du système monétaire actuel.

– Il n’est en rien le fruit d’un développement spontané, mais au contraire celui d’un accaparement. Par les hommes de la sphère publique (1).

– Il ne fonctionne pas au bénéfice de la croissance économique mais pour celui d’une oligarchie. Contre le peuple (2).

– Il est contraire à la morale. Donc irresponsable (3).

Pour ces trois raisons il sera bientôt balayé.

Quand ? C’est la seule chose impossible de prévoir…. Mais l’iceberg de la dure réalité se rapproche à toute vitesse du Titanic.

On dit que le commandant du navire, ce 14 avril 2012, pensait pouvoir fendre les blocs de glace et continuer sa route. Que n’a t-il consulté les passagers, qui lui auraient peut-être suggéré d’arrêter les machines. Ou qui, plutôt que d’aller prendre un dernier verre de champagne au bar des premières, se seraient plutôt dirigé vers les canots de sauvetage…

En ajoutant de la dette à la dette, en mutualisant la faillite d’un Etat, on ne résout pas le problème, on ne fait qu’en reporter l’échéance, en l’aggravant. En alourdissant la facture, qui sera finalement et inévitablement payée par le peuple…

Alain Dumait

Dans ma dernière chronique, j’ai par erreur attribué à Karl Marx l’expression «relique barbare» à propos de l’or. Elle est en fait de M. Keynes. Marx pensait au contraire que «la monnaie est par nature l’or et l’argent». Il est vrai que ce dangereux agitateur politique était aussi, souvent, un remarquable économiste… Ce que l’autre n’était certainement pas…

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Note (1) Le système monétaire international actuel n’est en rien le fruit d’un développement spontané, mais au contraire celui d’un accaparement. Par les hommes de la sphère publique.

Si l’on étudie en détail l’histoire de la monnaie, et qu’on essaye ensuite d’en faire un résumé, on voit que deux grandes forces, tantôt complémentaires et tantôt antinomiques sont à l’oeuvre. La première est l’émergence progressive et généralisée de la monnaie métallique, et la seconde est le rôle toujours grandissant de l’Etat pour certifier les pièces et, fort de ce rôle, pour manipuler le cours des monnaies.

L’invention des banques centrales, dont le nombre est passé de une à 200 en trois siècles, leur nationalisation, puis leur fausse indépendance, avait pour but principal de fournir des ressources aux Etats, et aussi aux banques comme aux autres établissements financiers, qui, jusqu’à aujourd’hui n’aiment rien tant que les obligations émises par les pouvoirs publics.

Dans ce contexte, chaque guerre, chaque crise, a servi de prétexte pour renforcer les monopoles monétaires. Sans lesquels les Etats n’auraient pas pu s’endetter au niveau où ils l’ont fait.

Note(2) Le système monétaire international actuel ne fonctionne pas au bénéfice de la croissance économique mais pour celui d’une oligarchie. Contre le peuple.

La défense de ce système bureaucratique et monopolistique est basé sur un mythe : l’augmentation de la masse monétaire plus que proportionnellement à la croissance économique serait favorable à celle-ci.

C’est faux.

Par essence. La quantité de biens et de services produite à l’instant «t» est évidemment indépendante de la quantité  de signes monétaires disponibles à cet instant, cette dernière ne déterminant rien d’autre que le niveau moyen des prix.

Et par expérience : depuis 30 ans, le laxisme monétaire s’‘est bel et bien accompagné d’un net ralentissement de la croissance économique, dans tous les pays intégré de ce système monétaire international. (le cas des pays émergents comme la Chine, qui manipulent leur taux de change, et qui financent leur investissements davantage avec leur épargne qu’avec du crédit serait à étudier séparément).

Par contre, si le laxisme monétaire ne favorise pas la croissance générale de l’économie, elle permet l’enrichissement d’une caste financière, constituée de personnes habilitées par les règles du système à aller chercher de l’argent à bon compte aux guichets des banques centrales. Argent qu’elles reprêtent avec profit à leurs clients. Parmi lesquels les Etats impécunieux, qui sont le véritable sujet de cette chronique…

On dira que c’est le métier normal d’une banque d’acheter de l’argent «en gros» et de le reprêter «au détail». Peut-être, mais à la condition, que les taux d’intérêt soient «libres». Ni artificiellement bas dans un sens, ni artificiellement haut dans l’autre sens…

Dans un système monétaire sans banque centrale, c’est évidemment sur leurs capitaux propres que les banques consentiraient des crédits. Sans doute bien moindres qu’actuellement. Ce qui suppose qu’on cesse de décourager l’épargne. Car l’alternative à l’économie de dette, ne peut être que l’économie de l’épargne. L’économie normale et saine…

Tout se passe comme si les hommes de l’Etat, forts de leurs privilèges monétaires exorbitants, s’entendaient avec les hommes du secteur financier, pour se partager les profits de cette entente oligarchique. Ce que l’on voit bien aux Etats-Unis. Et ce que montrait assez bien le film «Inside Job» de Charles Ferguson (2010) <http://www.dumait.fr/2010/12/04/«inside-job»-une-enquete-incomplete-sur-les-responsables-de-la-crise-financiere/>, disponible désormais en DVD.

L’hypertrophie de la sphère financière qui en résulte se traduit mécaniquement par l’atrophie de la sphère productive. Après les impôts et la dette, l’oligarchie à trouver un troisième moyen de rançonner le peuple : en inondant l’économie de monnaie, après avoir capté son épargne !

Note (3) Le système monétaire international actuel est contraire à la morale. Donc irresponsable. Donc périssable.

La morale de toute activité humaine réside dans la responsabilité des personnes qui s’y adonnent. Tout système qui pousse à l’irresponsabilité est pervers.

Plus clairvoyant qu’un autre, Frédéric Bastiat avait, dès la première partie du XIXème siècle, compris par exemple le caractère pervers des premières sociétés de secours mutuel, ancêtres de nos systèmes de sécurité sociale.

Toute activité doit comporter un «alea». Que l’on peut qualifier de «moral». Sans cet «alea», la même activité devient «immorale».

Cela vaut pour une entreprise, comme pour un état.

Une entreprise que l’on «sauve» du dépôt de bilan, est une entreprise qui pourrit le capitalisme. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les ennemis du capitalisme sont si acharnés à «sauver» les canards boiteux. (Exemple de «l’affaire Lip» hier, de la Grèce aujourd’hui)

De même, un Etat qui n’est pas mis  en faillite alors qu’il ne peut plus faire face à ses échéances (même avec l’aide du FMI…) gangrène, pour les mêmes raisons, tout le système financier.

C’est une grande illusion de croire qu’un système irresponsable peut survivre encore longtemps…

Ajoutons que loin d’être la pire des solutions, la faillite (le «défaut» pour la Grèce) est presque toujours la meilleure des solutions. Les éléments d’actifs sont redistribués. Les créanciers ne perdent pas tout. Le chef d’entreprise a appris quelque chose… Pour un Etat, c’est l’occasion d’un changement de cap. Et la possibilité de se refaire rapidement une réputation. C’est en tout cas la seule solution juste.

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Une réponse pour "Aide à la Grèce : un consensus oligarchique, contre le peuple !"

  1. LG dit :

    Mais vous nous en apprenez des choses, et en terme clair, allez hop , en lien !

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