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Roland Dumas : les mémoires d’un goujat.

Dès 1996 Roland Dumas publiait ses mémoires, chez Plon, sous le titre «Le fil et la pelote».

En 2007 il publiait chez Fayard le tome 1 d’«Affaires étrangères».

On s’attendait donc à ce qu’il fasse paraître le tome 2.

C’est un tout autre livre qu’il vient de publier au Cherche Midi, sous le titre «Coups et Blessures. 50 ans de secrets partagés avec François Mitterrand».

Comme il est précisé dès la première page que cette édition a été «établie sous la direction d’Alain Bouzy», on devine que cet ouvrage est fait de bric et de broc, de notes, de conversations, et  de mémos dictés (habitude chère aux avocats de cette époque).

En vérité, à l’orée de sa 90ème année, l’auteur se lâche, et c’est pas toujours joli-joli !…

D’abord sur François Mitterrand (avec lequel il dit avoir été, jusqu’à la fin, «comme deux éternels étudiants»…)

On a avec ce livre la confirmation de ce qu’on avait compris en lisant précédemment le livre de Raphaëlle Bacqué (<http://www.dumait.fr/2011/04/25/enquete-sur-la-fin-d’un-piteux-septennat/>) : l’ancien président de la République était un grand menteur, cynique, imbu de sa personne, ne détestant pas qu’on le prenne pour «Dieu», orfèvre en manipulations.

Comme deux potaches, le Président et son avocat (qui avait six ans de moins) n’aimaient rien tant que de se raconter des histoires de coucheries, y compris celles dont ils pouvaient se vanter.

Page 185, on peut lire : «Les journalistes étaient des proies faciles… Quand elles étaient à son goût (celui de François Mitterrand), il ne se faisait pas prier. C’est ainsi qu’il a eu un jour une aventure avec la fille d’un haut fonctionnaire giscardien, reporter dans un grand magazine où elle sévit toujours à la rubrique politique». Et Dumas croit devoir ajouter : «mais il l’avait rayée de son tableau de chasse au motif qu’elle faisait mal l’amour».

On admirera l’élégance du Monsieur, même s’il y a par ailleurs, probablement, un contentieux entre la dame et lui.

Et page 376 il recommence, en désignant de façon tout aussi transparente une autre personne : «… je pense à celle qui a affublé ce pauvre Chirac du cocasse sobriquet «Dix minutes, douche comprise». Elle avait bien connu également François Mitterrand quand elle était jeune stagiaire à Combat. Aujourd’hui, après une brillante carrière à la télévision et à la Haute Autorité, elle est rangée des voitures…» Et de conclure ce brillant paragraphe : «les hommes politiques de la majorité comme de l’opposition ont souvent des maîtresses journalistes. Ils se les repassent parfois. Il arrive même qu’ils les épousent».

Parmi les rares révélations : le fait que les comptes bancaires personnels de Roland Dumas étaient alimentés avec l’argent des fonds secrets qu’il touchait chaque mois, en principe pour récompenser les collaborateurs de son cabinet. Il considérait qu’il s’agissait d’un simple complément de traitement. Une sorte de salaire…

Autre révélation : l’auteur rêvait d’être président de la République, et de succéder à son maître…

On se régalera de quelques vacheries, adressées à tous les anciens de la Mitterrandie, accusés d’avoir trahis. En tête desquels Jacques Attali…. Sans oublier Jospin, Badinter, Rocard, Joxe, Chevenement…

On notera qu’il ne déteste pas Jean-Maris Le Pen, et qu’il trouve de «l’envergure» à Marine.  Il assume le fait d’avoir parrainé Louis Aliot, le compagnon de celle-ci, afin de lui permettre d’être agréé pour l’exercice de la profession d’avocat.

Pour tous ceux qui ont suivi au jour le jour l’actualité politique de ces cinquante années-là, il faut reconnaître qu’on ne s’ennuie pas à lire ce livre, pourtant mal écrit.

Pour ma part, j’ai failli rencontrer une fois ce personnage. Il était ministre des Relations extérieures. Je faisais partie d’une modeste association dénommée pompeusement «Syndicat de la presse privée». J’étais là comme éditeur d’une lettre d’informations confidentielle «La Lettre A». On y trouvait principalement d’anciens collabos, souvent Francs-maçons. L’un d’entre eux, Jean-André Faucher, m’avait poussé à en faire partie. C’est lui qui avait organisé cette invitation à déjeuner au Quai d’Orsay avec Roland Dumas, dont il avait été le condisciple au lycée de Limoges. Comme à deux heures de l’après-midi il n’était toujours pas là, j’ai tourné les talons et n’ai pas partagé sa table, qu’il avait pourtant flamboyante. ( Le même Jean-André Faucher, que j’avais connu à Valeurs Actuelles, me proposa ensuite d’entrer à la Grande Loge de France, quelques mois après avoir été élu maire du 2ème arrondissement de Paris. Je déclinais cette invitation-là…)

Roland Dumas. Coups et Blessures (50 ans de secrets partagés avec François Mitterrand)

520 pages. 18,50€

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Une réponse pour "Roland Dumas : les mémoires d’un goujat."

  1. dissident dit :

    il s agit quan d meme d un esprit assez libre pour un socialiste…

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