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Des primaires socialistes à la démocratie directe

Les primaires socialistes de dimanche dernier 9 octobre 2011, et leur succès quantitatif relatif, démontrent au moins un certain appétit démocratique. Les Français aiment être consultés et appelés à voter.

Pour autant l’exercice appelle quelques réserves.

Que se passerait-il si tous les partis, toutes les familles politiques, se mettaient en tête d’organiser des primaires dans toute la France, pour départager «leurs» candidats à la présidence de la République ?

L’UMP est poussée à le faire, à la fois par les médias et par sa nature résolument imitatrice. Admettons qu’elle s’y lance…

Mais pourquoi pas aussi le FN, l’extrême gauche, les écolos, les royalistes, les fédéralistes et les libertariens ? Au nom de quoi leur refuserait-on à eux aussi les moyens publics mis une fois à la disposition du PS ?

La solution serait de faire en sorte que de telles primaires soient 100% privées, exemptes de tout concours public (en particulier bâtiments scolaires et autres).

Et c’est parfaitement possible, avec les moyens numériques actuels, sans forcément passer par Facebook ou twitter…

Un autre problème réside dans l’ouverture plus ou moins large du scrutin.

Les primaires socialistes étaient ouvertes à tous. L’adhésion préalable «aux valeurs de la gauche» n’avait, de fait, aucune valeur sélective. Il est d’ailleurs vraisemblable que le vote d’électeurs non PS, de sensibilité d’extrême gauche, a  favorisé M. Montebourg, et défavorisé M. Baylet… Ce qui s’est ajouté au parti-pris des médias, à la fois mobilisés et mobilisateurs…

Des primaires UMP, FN ou monarchistes pourraient-elles valablement être ouvertes à l’ensemble des électeurs ? A mon avis non. Et comment sélectionner autrement que sur la base d’une adhésion véritable ? Sauf à demander à tout électeur de se déclarer a priori pour un parti, à l’exclusion de tout autre, comme cela se passe dans certains états américains, comme cela se passe en Allemagne s’agissant des religions, afin de répartir entre celles-ci des fonds publics. Je ne pense pas que l’opinion publique française y soit prête.

Je ne vois donc pas que ces primaires, façon PS 2011, puissent prospérer.

Par contre, cet appétit démocratique doit être considéré et pris en compte. Non pas sur le terrain de la désignation des candidats, qui relève des procédures internes aux organisations (plus ou moins démocratiques), mais sur celui de la souveraineté populaire.

La Déclaration des droits de 1789 est muette sur la procédure de désignation des dirigeants. Elle est par contre tout à fait explicite sur la légitimité de la souveraineté : elle appartient au peuple, qui l’exerce soit directement (principalement), soit par ses représentants (accessoirement).

Le peuple souverain doit pouvoir réformer une loi, censurer directement l’exécutif et obliger celui-ci à agir, dans une direction ou dans une autre. Par exemple : rejeter le traité de Lisbonne, supprimer les tribunaux de la pensée, limiter la hauteur des minarets des moquées…

C’est la Démocratie directe. Ouverte à tous. Obligeant chacun à s’informer avant de voter. Et amenant les médias à dépasser les simples questions de personnes.

Si les primaires socialistes, dans les conditions où elles ont eu lieu, étaient généralisées à toutes les familles politiques, ce serait vite le capharnaüm. Si elles permettent d’avancer vers plus de démocratie directe, elles auront rendu un grand service à la démocratie française.

Mais au fait, un seul candidat socialiste s’est-il prononcé pour davantage de démocratie directe ? Pas concrètement que je sache. Et la démocratie «participative» est-elle si démocratique que ça ?…

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