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Le Journal d'Alain Dumait » A la une, France » Une proposition à faire à la Chine.

Une proposition à faire à la Chine.

Ce n’est pas la mondialisation qui est la première responsable du déclin français. C’est l’impéritie des dirigeants politiques français, depuis trente ans.

Le marqueur de ce déclin est la dégradation continue – et qui s’accentue – de notre balance commerciale, aussi bien avec les autres pays de l’UE qu’avec les pays émergents (ou non), Chine et Inde compris.

Or la concurrence de ces derniers s’exerce à l’égard de l’ensemble des pays occidentaux «matures». Et, contrairement à nous, beaucoup d’autres pays, dont plusieurs sont nos voisins, aussi bien l’Allemagne que les Pays-Bas, la Suisse, la Belgique, l’Autriche, la Finlande, le Danemark, la Norvège où la Suède… profitent de cette mondialisation, et même, pour plusieurs d’entre eux, ont une balance excédentaire avec l’épouvantail chinois !

On dira : «les Suisses ne sont pas des Français». Mais sait-on que les entreprises suisses fonctionnent avec 70% de cadres expatriés, dont beaucoup de «Français». Ni le déclin, ni la prospérité ne sont génétiques…

Ces pays ont tout simplement été mieux gouvernés, depuis longtemps. L’Etat-providence est mieux géré et contrôlé ; la sphère publique est réduite ; la durée du travail est plus longue ; le budget est moins déséquilibré ; le laxisme à l’égard de l’immigration d’assistanat est moindre.

Si, sur ces différents points, en particulier sur celui de la réduction du volume de la sphère publique et de l’étendue de l’Etat-providence, notre pays avait été plus raisonnable, les plaintes populaires contre la mondialisation seraient en sourdine.

C’est donc de la faute à tous ceux qui ont si mal gouverné depuis 30 ans ! Ils sont à la fois responsables du déclin français et de l’émergence de ce courant irrationnel des partisans de la démondialisation, de droite comme de gauche.

Il faut aussi bien voir que les salaires, mêmes très bas, sont rarement à eux seuls, un facteur déterminant d’avantage compétitif. Sauf peut-être pour les produits basiques, à faible valeur ajouté. Car les autres produits ou services intègrent une part importante de matière grise et de savoir faire. Si les Suisses «gagnent à la mondialisation», c’est parce ce qu’ils vendent leurs produits (mécanique de précision, en particulier) à des prix élevés, avec de bons profits, tandis qu’ils achètent de moins en moins cher, à des entreprises qui de doivent raboter leurs marges.

De tous les arguments des protectionnistes, un seul est recevable.

Les Chinois contrôlent leur monnaie et son taux de change. Le prix du yuan est au quart ou à la moitié de sa valeur. L’essentiel de leur avantage comparatif vient de cette manipulation.

C’est au moment où la Chine frappait aux portes de l’OMC qu’il eut fallu exiger la libre fixation de la valeur d’échange du yuan.

Maintenant c’est bien tard. L’affaire qui était économique est devenue politique.

En toute logique, les anti-mondialistes devraient se joindre aux Etats-Unis pour faire pression sur Pékin et les pousser à une réévaluation plus rapide du yuan…

Mais un tel comportement supposerait que ces «démondialisateurs» aient une conception libérale (version autrichienne) de la monnaie, à savoir que celle-ci est une marchandise comme une autre, dont le prix, la quantité, et même les caractéristiques, ne peuvent être fixés autoritairement, par quelque gouvernement ou banque centrale que ce soit.

Pour remettre Pékin à sa place, sur le terrain du commerce international, il faudrait commencer par lui dénier le droit de manipuler sa monnaie, s’il veut continuer à figurer à la table des échanges commerciaux internationaux libres.

Mais voit-on M. Mélanchon, M. Montebourg, ou même Marine Le Pen, lui contester ce droit, alors qu’ils prétendent en user eux-mêmes s’ils arrivaient au pouvoir ?

Une autre solution serait possible, qui aurait l’avantage d’être sans doute acceptable par la Chine.

Engager avec elle la nécessaire et urgente réforme monétaire internationale.

Non pas en créant une nouvelle unité monétaire, DTS ou autre. Non pas en décrétant que l’Euro ou le yen viendraient s’ajouter au dollar comme monnaies de réserve.

Mais en appliquant la recette déjà avancée par le professeur Hayek dès 1977 («Dénationalisation de la monnaie») : laisser les monnaies se faire librement concurrence entre-elles. En ajoutant à toutes ces monnaies de banques centrales celle qui, silencieusement, attend son heure : l’or, support référent par excellence de la monnaie libre, de la banque libre, plébiscitée par 3000 ans d’histoire !

Mais voit-on M. Mélanchon, M. Montebourg, ou même Marine Le Pen, rendre hommage à ce que lord Keynes – l’économiste le plus nuisible du XXème siècle – appelait la «relique barbare» ?

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Une réponse pour "Une proposition à faire à la Chine."

  1. Dans un article de Michael Hasenstab paru dans le Wall Street Journal que j’ai traduit et qui est disponible sur le site de Claude Reichman sous le titre « et si la zone euro faisait comme l’Irlande pour s’en sortir ? », l’auteur évoque l’exemple du tigre celtique. Faute de pouvoir dévaluer dans une monnaie qui ne nous appartient plus (euro), il reste l’option de baisser les salaires pour restaurer la compétitivité. C’est ce qu’a fait le gouvernement irlandais en baissant les salaires de 20%.

    Autre thérapie de choc pour faire redémarrer la croissance en berne en Europe, abaisser le nombre d’impôts, de taxes et de réglementation. Herman Cain, le candidat républicain américain qui est passé en tête dans le dernier sondage d’intention de vote prône une solution simple : réduire le taux des trois grands impôts (revenu, société et TVA) à un taux uniforme de 9%. En cela, il ne fait que reprendre l’exemple des ex pays communistes qui ont compris que la progressivité de l’impôt sur le revenu chère à notre Etat Providence décourage l’ardeur de travailler et d’épargner.

    Le fonds européen de stabilité financière (FEDS) est tout le contraire de la stabilité financière que son nom ridicule indique. Il va augmenter considérablement l’effet de levier de la dette. Les dirigeants européens copient en pire la banque d’investissement Lehman Brothers. Comme disait notre grand diplomate Talleyrand au retour des émigrés en France, « ils n’ont rien appris ni rien oublié depuis le 15 septembre 2008. »

    On ne règle pas les problèmes avec ceux qui les ont créé, disait Albert Einstein. Que serait le déficit budgétaire si Obama avait encore une majorité démocrate au congrès ? C’est ce que certains Américains lucides ont compris en votant pour le tea party en 2010 qui prône le retour à l’étalon or, la suppression de la Fed et du fractionnement des fonds propres des banques de dépôt.

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