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La dimension morale de la crise financière

Les responsables politiques français se repassent la responsabilité de la dette publique comme ils le feraient d’une patate chaude.

La vérité est qu’ils le sont tous, puisque, depuis 1973, la dette publique n’a cessé d’augmenter, croissance ou pas. Nos dirigeants se sont d’ailleurs relayés pour proclamer les bienfaits supposés de la dette !

Et encore maintenant, quand ils nous parlent de «prélèvements obligatoires» (de l’ordre de 44% du PIB), ils ne comptent pour rien l’endettement. Pour essayer de nous cacher que la dépense publique (financée à 25% par de la dette) représente 57% de ce PIB…

Il serait plus simple de chercher, dans le paysage politique, les rares Cassandre qui ont crié casse cou !

Mis à part les économistes libéraux orthodoxes – emmenés par Jacques Garello et Pascal Salin – dans la mouvance desquels se situe Alain Madelin, et quelques associations, dont Contribuables Associés, je n’en vois guère.

Maintenant, même les socialistes théorisent sur la nocivité intrinsèque de la dette…

Le bourrage de crânes semble efficace…jusqu’au moment où il se brise sur le mur des réalités !

Il y a pourtant, pour un Etat comme pour une entreprise, de la bonne et de la mauvaise dette. Quand, à partir de 1973, sous l’impulsion d’hommes comme Valery Giscard d’Estaing, Pierre Giraud ou Michel d’Ornano, la France se dote d’un parc unique au monde de centrales nucléaires (32 des 58 actuelles centrales mises en construction sous le septennat de Vge ! ) on peut dire qu’EDF s’endette positivement.

Remarquons quand même que le financement par la dette, même productif, est toujours moins performant que par l’épargne préalable. C’est durant cette période qu’EDF a mené une politique de laxisme social qui fait que notre KWH serait encore moins cher, de l’ordre de 30%, sans les avantages exorbitants de nos chers «électriciens».

Le problème est que, dans le même temps, dans la ligne de la politique voulue par Georges Pompidou en fin de parcours, le mot d’ordre demeurait : «ne pas inquiéter les Français». On s’endette aussi, à la même époque, pour «soutenir la consommation»…

Telle a été l’idéologie économique dominante de ces 40 dernières années : la croissance serait tirée par la consommation. Et donc, la dette favorisant la consommation, fournirait automatiquement, miraculeusement, la solution au problème qu’elle pose. Voila ce que les politiciens avaient retenu des enseignements de M. Keynes…

En 2007 Nicolas Sarkozy disait : «la dette sera remboursée par la croissance»…

Et hier encore, François Baroin déclarait : «le modèle économique français est basé sur la consommation»…

Le vrai responsable de la dette est là : dans ce modèle économique qui marche sur la tête.

L’histoire de l’humanité nous enseigne pourtant que le progrès commence avec l’épargne. Que celle-ci est le préalable incontournable de la croissance, et donc de l’augmentation des revenus disponibles.

La vraie leçon de la crise financière que nous vivons – et qui est évidemment très très loin d’être terminée – est là : il nous faut revenir à un modèle économique orthodoxe.

C’est à dire, au plan macro-économique :

  • une sphère publique limitée.
  • une fiscalité supportable, qu’elle soit appliquée sur la consommation ou sur les revenus. Avec des taux uniques.
  • Une épargne libre de tout prélèvement (pas «d’impôt sur l’impôt», donc plus d’impôt sur des revenus provenant de placements réalisés grâce à de l’épargne issue de revenus déjà fiscalisés)
  • Une monnaie échappant aux manipulations étatiques et dont la valeur, donc, doit être indexée sur l’or, seul référent universellement acceptable.

Et, au plan micro-économique, une politique mettant l’entreprise – seule créatrice d’emplois durables – au coeur de toutes les priorités. Nous pas tant en aidant quelque entrepreneur que ce soit. Mais plutôt en cessant de lui mettre des bâtons dans les roues.

Le jour où nos politiciens, de droite comme de gauche, cesserons de s’exonérer de toute responsabilité dans cette crise, préférant accuser les marchés financiers, les banques, les agences de notation…, quand ils reconnaitront qu’ils sont, au contraire, les premiers et d’ailleurs les seuls responsables de cette crise, pour avoir mener des politiques erronées. Et de l’avoir fait non pas par erreur intellectuelle, mais par intérêt, pour accroitre leur main-mise, leur pouvoir et finalement leurs avantages, alors nous serons prêts de nous en sortir. Avec ou ans eux.

Mais aussi longtemps que nous serons dans le déni de cette responsabilité, continuera la crise. Qui est, comme toujours, de l’ordre de la morale, avant d’être de l’ordre du politique et de l’économique.

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Une réponse pour "La dimension morale de la crise financière"

  1. goufio dit :

    OUI M. Dumait, vous avez raison.
    Mais comment allez-vous l’annoncer aux Français qui veulent tous faire payer les riches, enfin taxer l’épargne, car les pauvres ils ne savent pas que le Code général des impôts les taxe sur l’épargne à partir de 61 € de rôle (art 1657 -1 bis cgi), il en est de même pour la CSG?

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