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L’argent de l’Etat appartient aux contribuables !

René Dosière, 70 ans, député apparenté socialiste de la 1ère circonscription de l’Aisne, fait sans nul doute parti des parlementaires qui honorent, par leur travail, la fonction qu’ils occupent.

Depuis plus de dix ans il s’est fait une spécialité d’oeuvrer pour introduire de la transparence dans les budgets de la présidence de la République et du Premier ministre.

Au départ, son combat était clairement politique, puisqu’il commence par une interpellation le 9 octobre 2001, quelque mois avant la présidentielle de 2002, alors que Lionel Jospin est Premier ministre.

S’appuyant sur le rapport de la Cour des comptes portant examen du budget exécuté l’année précédente, M. Dosière dénonce le flou artistique du budget de la Présidence de la République, systématiquement minoré et largement secret. Il rappelle l’article XV de la Déclaration des droits de l’homme qui affirme que «la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration»

A la fin de 2007 le combat de M. Dosière est gagné : il est en effet décidé que le budget de l’Elysée deviendra «sincère» et sera contrôlé par la Cour des comptes.

C’est cette bataille que l’auteur nous raconte dans son dernier ouvrage*, suite du précédent intitulé ‘L’argent caché de l’Elysée».

Ses armes : la procédure des questions écrites avec, en plus, celle du «signalement», apparue en 1995, qui permet à un président de groupe d’exiger, sur des questions jugées «prioritaires», une réponse ministérielle dans les 10 jours.

Le résultat de ce «parlementarisme d’investigation» est tout à fait passionnant. Il porte sur les coulisses de l’Elysée, l’organisation des voyages, à l’étranger ou en province, ou des sommets de chefs d’Etat.

Notre inspecteur, pour finir, élargit sa «saisine» au budget du Premier ministre et à ceux des autres ministres. IL estime qu’un ministre, outre son salaire, dépense en moyenne 267 315€ par an en frais de représentation. Et, qu’en tenant compte de tous les moyens mis à sa disposition, chacun nous coûte 17 millions€ par an !…

Dosière est hostile au cumul des mandats et des indemnités. Il a proposé – en vain -que tout avantage en nature d’un élu local fasse l’objet obligatoirement d’une délibération de son assemblée. Selon lui, un état «fort» peut très bien être plus «modeste»

En conclusion, M. Dosière attire l’attention sur les dangers de la réforme territoriale en cours : avec le remplacement des conseillers régionaux (1829) et des conseillers généraux (3493) par des conseillers territoriaux (3493), on va immanquablement créer une nouvelle catégorie de politiciens professionnels.

Au terme de cette enquête on se contentera de remarquer que la transparence, si elle permet de savoir, ne suffit pas à modifier les comportements. Pendant les investigations, la folie des grandeurs continue : effectifs, frais de déplacement, dépenses de com’… Jusqu’à la taille de l’appartement du Premier ministre à l’Hotel Matignon qui de 78,4 m2 sous Jean-Pierre Raffarin, 90 m2 sous Dominique de Villepin, est passé à 309,72 m2 sous  François Fillon (dont 213,73 m2, de surface strictement privative hors pièces de réception). Sans doute la contre-partie du hold-up opéré dès 2007 par le président de la République sur la résidence de la Lanterne, à Versailles, jusque là à la disposition du Premier…

*René Dosière, «L’argent de l’Etat. Un député mène l’enquête». Le Seuil, 290 pages, 19,50€

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