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Affaires Cahuzac/Offshore Leaks : Petite leçon de journalisme et d’économie.

En matière de journalisme d’investigation, il n’est pas indifférent qu’une information soit vérifiée, ou non. Qu’elle ait une source identifiée, ou non.

Ce qui ne veut pas dire qu’une rumeur, ou une info volée, soit sans intérêt. Certaines se révèlent même exactes…

En France, sous l’occupation allemande, certaines dénonciations étaient également fondées (en particulier au regard de lois d’exception). Mais d’autres étaient de simples médisances ou vengeances. Qui entrainèrent, comme les premières, des milliers de personnes à la mort…

Dans «l’affaire Cahuzac», au point de départ, il y aurait un message téléphonique enregistré sur un répondeur, comprenant une conversation entre un banquier suisse et M. Cahuzac, adressé «par erreur» à un interlocuteur, qui en a fait une cassette, qui l’a remis à un homme politique, ancien juge, qui l’aurait lui-même donné à Médiapart, laquelle n’a rien fait d’autre que de chercher à identifier – sans y parvenir lui-même – l’interlocuteur du ministre. Et on appelle ça du «journalisme d’investigation» !…

Dans «l’affaire Offshore Leaks», 36 médias internationaux unissent leurs forces pour financer le dépouillement de documents relatifs à 122 000 comptes de sociétés offshore contenus dans un disque dur «tombé du ciel», c’est à dire volé. L’opération médiatique promet de révéler au monde les dessous de l’évasion fiscale internationale. Rien moins !

Sait-on que les seuls trois états américains  du Delaware, du Wyoming et du Nevada accueillent à eux seuls 700 000 sociétés offshore ?..

Il ne s’agit donc, pour l’instant, que d’un pétard mouillé, dont la seule victime collatérale, M. Augier, est aujourd’hui montré du point pour des opérations qui remontent à une époque où il résidait en Chine ( avant de revenir en France, aider son copain de promo à l’ENA François Hollande, puis, dans la foulée de l’élection présidentielle, racheter le magazine homo «Tétu» à M. Pierre Bergé).

Les autres noms cités sont ceux de personnes décédées. Qui peut s’étonner que feu M. Elie de Rothschild connaissait l’intérêt des sociétés offshore. Tout comme le suisse Gunter Sachs ?

Le plus remarquable, aussi bien dans l’affaire Cahuzac ( un cow-boy en politique) que dans la suivante, c’est la campagne aussitôt déclenchée contre «les paradis fiscaux»,

On remarquera tout d’abord que si les sociétés offshore sont une réalité juridique, dans beaucoup de pays, y compris en Europe, et dans la plupart des pays développés, la notion de paradis fiscal est au contraire relative et souvent mythique.

Une société offshore est simplement une entreprise immatriculée dans un pays où elle n’a pas d’activités. Ce n’est pas toujours une simple «boite à lettres», car ce peut être un véritable siège social, avec les activités afférentes. Elles ont souvent la forme d’un «trust», courante en droit des affaires anglo-saxon ( et naturalisée en France par une loi de 2007 instaurant les «fiducies»). Ce sont donc des instruments utiles correspondant à une étape de la sophistication croissante du capitalisme contemporain.

Tous les territoires tenus pour être des «paradis fiscaux» sont familiers des sociétés offshore. Mais aucun n’est sans impôt. Simplement, de l’un à l’autre, les règles fiscales diffèrent, en particulier par l’assiette et les taux.

Ce n’est que par rapport à l’enfer fiscal français que le Luxembourg ou l’Irlande peuvent être tenus pour paradisiaques…

Prenons l’exemple de la Suisse, où se trouverait, selon certaines estimations, quelque 500 000 à un millions de comptes français.

La plupart d’entre eux y ont été ouverts moins pour frauder le fisc français que pour échapper à l’inflation que notre pays a connu pendant les quarante années qui ont suivi la seconde guerre mondiale. Ne dit-on pas que le franc suisse est aussi bon que l’or ?

Mais beaucoup aussi de ces comptes appartiennent à des personnes physiques à la recherche d’un abri, en particulier fiscal, que cet argent ait été auparavant gagné honnêtement ou non. Mais qui saura jamais faire la différence entre l’argent sale et l’argent propre ? Sauf à remettre en cause la fongibilité de la monnaie…

Il y a une façon définitive et indiscutable de «lutter contre les paradis fiscaux» : elle consiste à éteindre les feux de l’enfer ! En réduisant les dépenses publiques, en s’engageant dans un programme de long terme de baisse des impots, pour les particuliers comme pour les entreprises, en renonçant à manipuler la monnaie (en cessant d’interdire les transactions libellées en or-métal)…

L’alternative – que semble appeler de leurs voeux les conjurés de «Offshore Leaks» – c’est une dictature universelle. Au nom d’une pseudo morale totalitaire. Et inhumaine.

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