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Un funeste alignement des planètes…

Selon certains pseudo économistes, la situation économique de la France, et particulièrement celle du marché de l’emploi, pourrait s’améliorer sous l’effet d’une conjonction de plusieurs facteurs : la baisse du cours du pétrole ; la baisse de l’euro par rapport au dollar ; le maintien de taux d’intérêt très bas. Une circonstance aussi rare que l’éclipse du soleil observée le 20 mars dernier. Du fait de l’alignement de la terre, de la lune et du soleil. Mais ce phénomène, bien réel, est-il de nature favorable ou au contraire funeste ?

Examinons les termes un à un.

  • La baisse assez brutale des cours du pétrole brut a des effets immédiatement favorables pour les consommateurs. C’est évident. Mais il a aussi un effet rapidement négatif sur les investissements des grands groupes du secteur, qui, avec un baril à 60$, réduisent brutalement leurs programmes de recherche et de développement. Avec des milliers d’emplois supprimés, chez eux et leurs sous-traitants. En théorie économique classique, la baisse des cours des matières premières est d’ailleurs annonciatrice de récession…
  • La baisse sensible de l’euro par rapport au dollar favorise certainement les exportateurs et pénalise les importations. Tant mieux pour les uns et tant pis pour les autres. Mais depuis quand a-t-on vu qu’un pays s’enrichissait avec une monnaie qui se dévalorise ? Les exemples de la Suisse depuis 60 ans ou de l’Allemagne jusqu’à la création de l’euro ont même apporté la preuve du contraire…
  • Quand à la baisse des taux d’intérêt, conséquence d’une politique monétaire de plus en plus laxiste («compréhensive») elle est sans doute très favorable à certains, qui vivent sur la planète finance, et symétriquement, très défavorable aux autres, qui vivent sur la planète réelle. Les épargnants sont spoliés, comme au temps de l’inflation. Les entrepreneurs ne sont plus rémunérés pour le placement de leurs liquidités, fonds de roulement compris.

De ces trois facteurs, le plus grave est probablement le troisième. Car les taux d’intérêt, dans une économie libre, ne sont pas seulement des prix parmi d’autres, celui de l’argent, mais aussi le plus sensible de tous. Les taux d’intérêt ne doivent être, en théorie, ni élevés ni bas. Ils doivent être à leur prix de marché, ce qui suppose qu’ils ne soient point trafiqués comme ils le sont présentement…

On objectera que les taux d’intérêt sont manipulés depuis longtemps par toutes les banques centrales. Que c’est même l’une de leurs principales raisons d’être. Mais, depuis 10 ans, dans ce domaine, on atteint des sommets !…

On est d’ailleurs frappés par la concomitance entre le développement de l’interventionnisme monétaire et le ralentissement séculaire des taux de croissance…

Nous sommes-là au coeur de la politique de gribouille qui caractérise la pensée économique contemporaine dominante : privés de cette boussole essentielle que constituent les taux d’intérêt, les agents économiques – et en particulier les entrepreneurs –  sont comme perdus. Les politiciens leur disent : «alors continuons dans cette non-direction» !…

Cette politique monétaire inepte a aussi de graves et injustes conséquences sociales.

En effet, si l’augmentation de la masse des signes monétaires en circulation n’a jamais enrichi un pays ou un ensemble de pays, elle se traduit rapidement par une modification de la répartition des richesses, ceux qui ont le plus facilement accès à cette monnaie facile prospérant, au détriment de ceux qui n’y ont pas accès, ou plus difficilement. Ce qui est très exactement la situation actuelle : les marchés financiers, sur lesquels les institutions financières, qui ont guichets ouverts auprès des banques centrales, volent de record en records, tandis que les ménages modestes se voient couramment refuser le moindre prêt immobilier. A quoi leur servent les taux bas ?

(C’est sans doute ce que M. Emmanuel Todd a voulu dénoncer, à juste titre, en parlant des «politiques inégalitaires du gouvernement de Manuel Valls», sans savoir en expliquer la cause, étant lui-même un adepte du constructivisme social…)

Les facteurs extérieurs «exogènes» à l’économie française peuvent avoir des effets conjoncturels. N’attendons pas trop de cet «alignement des planètes» qui pourrait se révéler plutôt funeste.

Une vraie «politique de l’offre», à laquelle le gouvernement se dit favorable, passe par la levée des carcans qui emprisonnent les entreprises. Par des réformes tendant à réduire fortement la dépense publique. En particulier les subventions qui faussent les conditions de concurrence. Par des règles de droits simplifiées et stabilisées. Par une restauration de la vérité des prix y compris ceux de l’argent.

Il n’y a pas à sortir de là.

 

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