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Le Journal d'Alain Dumait » A la une, brexit, France, Monde » Il doit y avoir des limites à la liberté de circulation des personnes.

Il doit y avoir des limites à la liberté de circulation des personnes.

Si «les Anglais» (comme disait le général de Gaulle, qui ignorait «les britanniques»…) veulent rester dans le marché unique européen, sans être membre de l’Union, tout comme les Norvégiens, ils devront non seulement payer une contribution, mais aussi accepter les quatre «libertés» qui fondent ce marché unique, à savoir : la liberté de circulation, sans droits de douanes, des marchandises ; la liberté des services, y compris des «plombiers polonais» ; la liberté de circulation des capitaux ; et la liberté de circulation des personnes.  Telles sont les conditions exposées le 29 juin à Bruxelles par le Président François Hollande.
C’est évidement la liberté de circulation des personnes qui pose le plus de problèmes, et pas seulement aux électeurs britanniques !…
Le droit d’aller et de venir est un droit naturel de l’homme. Consacré par l’article 4 de la Déclaration des droits de 1789. L’UE s’honore donc, en principe, d’en faire un des piliers de son marché unique.
Ce n’est pas pour autant un tabou.
D’abord, il ne s’applique, de fait, qu’aux pays «démocratiques», dont il est un des marqueurs les plus surs.
Il n’est acceptable qu’au sein d’un espace homogène. L’exigence de la Turquie d’obtenir un droit de libre circulation pour tous les turcophones en Europe, en contrepartie d’un compromis signé avec l’UE sur le dossier des migrants, est très choquant.
En théorie, dans l’esprit des pères fondateurs de la Déclaration, il avait pour limite le respect du droit de propriété. J’ai donc le droit d’aller où je veux, quand je veux, à la condition implicite d’être accueilli, et de ne pas violer la propriété d’autrui.
Cette limite inclut-elle l’espace public, non approprié, propriété de tous, dite collective ? C’est un point fondamental. Nul ne devrait avoir le droit d’occuper sans titre l’espace public, de se l’accaparer et d’y séjourner. C’est d’ailleurs la loi qui s’applique aux gens du voyage, obligés, en principe, de s’arrêter dans des aires dédiées…
Tout se passe pourtant comme si le fait d’être qualifié de migrant ouvrait, en tout cas chez nous, comme une tolérance d’occupation de l’espace public. Une dérive laxiste de plus…
Les constituants idéalistes de 1789 n’avaient pas non plus anticipé ce qui allait devenir l’Etat-providence. Les dépenses publiques de l’époque étaient inférieures à 10% du revenu national. Elles s’approchent aujourd’hui de 60%…
A partir du moment où cet Etat-providence «bénéficie» – en application d’un autre principe funeste, celui de la non-discrimination – à toute personne présente sur un territoire, en situation régulière ou non, le droit d’aller et de venir, qui, autrement, pourrait être neutre en termes de déplacements de populations, joue comme une pompe aspirante. Et devient au final une lourde charge pour la collectivité, et donc pour les contribuables qui toujours payent.
Ajoutons que ce droit sacré ne peut s’appliquer que dans un monde irénique. Dès qu’un conflit apparait, et a fortiori le terrorisme, cette liberté, pour fondamentale qu’elle soit, est immédiatement remise en cause. Allez donc voir en Palestine, depuis plus d’un siècle !…
Aujourd’hui, beaucoup d’Européens, y compris parmi les plus convaincus, ne supportent plus la façon dont est appliquée, de façon dogmatique et irréaliste, ce principe de la liberté de circulation des personnes au sein du marché unique.
L’extension automatique des droits de sécurité sociale à des étrangers même pas résidents, qui n’ont pas contribué ou très peu au  financement de ce couteux système, d’ailleurs à bout de souffle, est choquant.
Que des nationaux, en France ou au Royaume-Uni se voient imposer des règles et des charges sociales auxquelles échappent entreprises et fournisseurs de services de pays beaucoup moins «avancés» (comme plusieurs pays ex-Europe de l’Est), n’est pas supportable.
Allons plus loin : nos systèmes de santé,  de transports et d’éducation, sont financés largement par les impots des contribuables nationaux, qui, dans le cadre de cette liberté de circulation, payent pour des personnes qui n’étaient pas parties prenante à ce soi-disant pacte social. C’est absurde.
Les quatre libertés constituant les fondements du marché unique – et surtout la quatrième – sont en complète contradiction avec l’évolution à marche forcée de l’Europe institutionnelle vers une démocratie populaire, tatillonne et liberticide.
Les « conditions » de François Hollande seraient donc fondées si l’Europe voulait bien tenir compte d’un autre principe, jamais appliqué : le principe de substitution. En application duquel l’Etat providence laisserait la place à la responsabilité des individus et, pour l’assistance résiduelle, aux collectivités locales de base. Liberté de circulation ou Etat-providence, voire Europe-providence, il faut choisir !

 

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