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Ce que les manifs sauvages de policiers nous enseignent.

Les manifs de policiers, diurnes ou nocturnes, durent maintenant depuis plus de dix jours.

Elles se sont déroulées dans une quinzaine de villes de France.

En en connait le point de départ : l’agression au cocktail Molotov, à ce jour impunie, contre deux fonctionnaires gravement blessés à Viry-Chatillon.

Non seulement ces manifs, parfaitement illégales (on y a vu des policiers en uniforme ou portant leur arme de service…), ont été déclenchées par la base, sans les syndicats, mais même explicitement contre eux.

Or la police nationale est l’une des administrations les plus syndiquées : près de 50% des agents adhèrent en moyenne à l’un ou à l’autre.

Première conclusion : un fort taux de syndicalisation ne garantit en rien la paix sociale dans une organisation.

Malgré plusieurs appels du pied, provenant de policiers, ou même de bloggeurs marginaux de la communauté des gendarmes, à quelques exceptions près (se comptant, peut être, sur les doigts d’une seule main, sur une population de près de 100 000 personnes), les gendarmes, tout en observant attentivement les réactions du gouvernement, n’ont pas bougé d’un poil.

Police et Gendarmerie sont pourtant deux forces de l’ordre, aux missions presque identiques, placées sous l’autorité du même ministre de l’intérieur.

Leur différence tient moins à leurs zones de compétence respectives – les villes pour la police, les campagnes et les périphéries urbaines pour les gendarmes – qu’à leurs statuts : civil pour les uns militaire pour les autres.

Deuxième conclusion : quand il s’agit d’assurer la cohérence d’une communauté de personnes, dans un domaine aussi sensible que celui du maintien de l’ordre, la concertation de type militaire est plus efficace que le dialogue social permanent à la mode syndicale.

Parallèlement aux progrès de la syndicalisation, depuis plusieurs décennies, on a assisté dans la police à la mise en place d’une véritable cogestion. Celle-ci ne concerne pas seulement la participation des syndicats aux commissions d’avancement ou de discipline. Elle se manifeste tout spécialement s’agissant de la première des missions de la police : assurer, là où elle compétente, la sécurité et la paix publique (ses deux autres missions étant la police judiciaire et le renseignement, selon la loi d’orientation de 2002).

Sous l’effet de cette cogestion, les syndicats ont obtenus de leur hiérarchie que certaines taches soient réduites au minimum et confiées à d’autres fonctionnaires. La liste est longue : contrôle du stationnement, sorties d’école, surveillance des bâtiments, gardes statiques… Ils ont dit : «nous ne voulons pas être des épouvantails ni des pots de fleurs». Ces taches sont par principe refusées par les syndicats, sur l’argument qu’ils veulent que les effectifs soient autant que possible concentrés sur la police judiciaire. Et plus les syndicats sont forts, plus cette cogestion est visible. A Paris, en privé, on entendra le Préfet de police dire : «ça, je ne l’obtiendrais pas de mes syndicats» ! Et la proposition étudiée est renvoyée aux oubliettes…

Sur les médias, les syndicats parlent plus souvent que les responsables hiérarchiques…

Les résultats de cette cogestion sont catastrophiques. En termes de résultats. Non seulement pour l’institution que constitue la Police Nationale, mais, finalement pour ses personnels. D’où leur révolte, sous nos yeux.

Car on a jamais vu des salariés heureux dans une institution qui est soit mal gérée, soit gérée sur des principes erronés. En l’occurence celui du partage de l’autorité dans une administration en charge de l’ordre public. Dans l’armée, la cogestion reste une utopie, mais pas dans la police !

Depuis le rattachement en 2009 de la Gendarmerie Nationale au ministère de l’intérieur, les observateurs attentifs peuvent établir des comparaisons, non seulement dans les résultats obtenus, dans l’exécution de taches difficiles, mais encore dans l’appréciation du fonctionnement des deux systèmes en présence.

On remarquera que, dans la sphère publique, une telle comparaison est rarement possible, du fait d’un monopole absolu (tels les armées, autres que la gendarmerie) ou relatif (comme en matière d’éducation).

Là, sur ce terrain des forces de l’ordre, la loi de 2009 a introduit un dualisme, accepté désormais par presque toutes les formations politiques.

Ce dualisme organisé au sein du ministère de l’intérieur n’ouvre pas le champs de la concurrence ou celui de la compétition.Mais il ne peut qu’inciter à la comparaison.

Sans vouloir aujourd’hui ouvrir la polémique disons simplement que le fierté de leur métier et de l’appartenance à leur communauté est aujourd’hui plus forte chez les gendarmes que chez les policiers.

Sans doute, pour les premiers, est-ce le fruit du talent de leurs chefs, hier le général Denis Favier, aujourd’hui le général Richard Lizurey. Mais c’est aussi celui de la supériorité du modèle de la Gendarmerie sur celui de la Police. Que cela plaise ou non…

Alain Dumait,

Directeur de l’Essor de la Gendarmerie Nationale

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